Capital.fr - Interview dans Capital : « Comme les facs, les lycées ont besoin d’autonomie »

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Le 06/08/2009 à 08:00 – Mis à jour le 06/08/2009 à 09:19

Chargé par l’Elysée de relancer la réforme, cet énarque a visité 80 établissements. ­Bilan : un plaidoyer en faveur des initiatives locales contre la lourdeur du mammouth.

Capital : Début juin, vous avez rendu à Nicolas Sarkozy votre rapport sur les lycées. Le but est-il de relancer la réforme de ­Xavier Darcos, enterrée en décembre ?

Richard Descoings : Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi, depuis près de quarante ans, on n’arrive pas à changer une organisation dont on sait qu’elle est injuste et productrice d’inégalités. Le constat est très nettement posé dans le ­livre récent des sociologues Christian Baudelot et Roger Establet («L’Elitisme républicain, l’école française à l’épreuve des comparaisons internationales», Editions du Seuil) : une «tête de génération» bénéficie à fond du système scolaire, tandis que le reste va dramatiquement mal, et dramatiquement plus mal que chez nos voisins. La France continue de penser l’éducation de façon très élitiste : elle se démène pour les meilleurs, laisse les moyens se débrouiller et ne fait pas grand-chose pour les élèves en difficulté.

Capital : Fallait-il vraiment passer quatre mois sur le terrain pour parvenir à ce constat connu ?

Richard Descoings  : D’abord, c’était passionnant ! En visitant ces 80 lycées dans 76 départements, j’aurais presque pu recruter ma promo 2009 de Sciences po. On repère vite les jeunes qui osent s’exprimer dans une réunion de 100 personnes, voire prendre l’ascendant sur les parents et professeurs… Surtout, j’ai pu découvrir l’incroyable créativité à l’œuvre dans les établissements, ce qui m’a conduit à préconiser un renforcement de l’autonomie des acteurs locaux. Ils sont tout de même les mieux placés pour trouver des solutions aux difficultés spécifiques qu’ils affrontent. Car on a beau parler «du» lycée, ce mot recouvre des réalités très diverses. Certains établissements n’assurent que la voie générale (les séries littéraire, économique et sociale, scientifique), d’autres seulement la voie technologique (les bacs STI pour le génie, STG pour la gestion…). La plupart font les deux à la fois, et certains sont d’ailleurs «polyvalents» puisqu’ils comportent aussi un lycée professionnel. Et vous avez enfin les cités scolaires, c’est-à-dire un ­lycée polyvalent plus un collège. Entre ce dernier cas et un petit établissement concentré sur les études générales classiques, il y a un monde en termes d’effectifs, de gestion ou de mixité sociale. D’autres facteurs viennent encore accroître cette complexité, à commencer par l’environnement économique et le bassin d’emplois. Je pense notamment à l’isolement des lycées ruraux. Il faut aller soi-même à Saint-Flour ou à Neufchâteau pour comprendre la difficulté à motiver les élèves quand l’ambition passe forcément par un déménagement à 100 kilomètres ou plus. Autre constat : l’inégalité du système est presque toujours ­reproduite localement. Dans chaque ville, il y a le lycée où les familles veulent envoyer leurs enfants, et puis les autres. L’établissement vedette est en général dépourvu de filière professionnelle et se concentre sur la voie scientifique débouchant sur des classes préparatoires aux grandes écoles. Dans ces lycées-là, tout va bien. Ils sont souvent magnifiques (Alphonse-Daudet, juste à côté des arènes de Nîmes, est d’une incroyable beauté), et le reste est à l’avenant : les élèves sont à l’aise, réussissent et savent qu’ils accéderont à l’enseignement supérieur.

La suite…

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