Le modèle républicain a bon dos 5/ – Alors que faire ? Tout sauf la discrimination positive !

Sciences Po, de la Courneuve à Shanghai

Sciences Po, de la Courneuve à Shanghai

Cela commence par une querelle sur le sens des mots. Le Petit Robert donne deux définitions du terme « discrimination ». D’une part, la discrimination est l’action par laquelle peuvent être discernées, distinguées les choses les unes par rapport aux autres avec précision, selon des critères définis. Dans cette acception, la discrimination est donc un instrument qui permet d’établir un ordre rationnel (les antonymes proposés par Le Robert sont d’ailleurs « confusion, mélange »). D’autre part, le second sens du terme, qualifié de « courant », est le suivant : « le fait de séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal » (le sexisme et le racisme en étant les illustrations les plus communes). Dans ce sens, la connotation négative du mot est évidente ; discrimination et égalité s’opposent là radicalement.

Derrière cette querelle sémantique se cache un affrontement idéologique dur. D’un côté, les tenants de « l’égalité républicaine » – au fondement de laquelle se trouve la ferme volonté de ne pas distinguer les citoyens les uns des autres, établissant le « dogme » selon lequel toute mesure concernant l’Éducation nationale doit s’appliquer à tous, de la même manière, dans le même temps – rejettent toutes les formes et les expressions de ce qu’il est convenu d’appeler « le communautarisme ». De l’autre, on constate que – dans le domaine scolaire au moins – l’égalité formelle de traitement n’est pas la garantie de l’égalité des chances, et encore moins de la justice et de l’équité.

Tous les partis politiques et une grande partie de l’opinion publique sont divisés – ou l’étaient – entre ces deux pôles de pensée. La question est la suivante : l’école joue-t-elle son rôle d’intégrateur social et national, de vecteur de promotion sociale ? Notre système éducatif est très développé. Partout en France, le maillage des collèges et des lycées est dense et permet d’accueillir toute la population en âge d’être scolarisée. L’organisation des scolarités est la même, les contenus des programmes et des études sont identiques. Notre pays est au sein de ceux de l’OCDE celui qui dépense le plus par élève pour son enseignement secondaire. Les professeurs reçoivent tous le même type de formation et sont recrutés par concours. Une grande majorité des établissements ne sont pas « à problèmes » et jamais le baccalauréat n’a été délivré à une proportion si importante d’une classe d’âge. Dans l’enseignement supérieur, les universités délivrent des diplômes nationaux, habilités de façon centralisée par le ministère de l’Éducation nationale.

Alors pourquoi ce sentiment d’échec ? Pourquoi « l’ascenseur social » paraît-il bloqué ? Pourquoi, de fait, les étudiants appartenant aux classes sociales les moins favorisées sont-ils si peu nombreux à accéder aux grandes écoles, aux troisièmes cycles universitaires ? Pourquoi l’échec scolaire frappe-t-il toujours les mêmes ? Pourquoi ces plans de lutte contre l’illettrisme ? Pourquoi ces appels à revenir aux fondamentaux : savoir lire, écrire et compter ? Le « modèle républicain » a bon dos, qui permet encore aujourd’hui de conforter l’assise de ceux qui sont installés dans le système et laisse à la porte tous ceux qui ne possèdent pas les codes intellectuels, culturels et sociaux.

Face à ces arguments et à ces faits difficiles à réfuter, les sectateurs de la cause républicaine plient mais ne rompent pas. Ils répliquent en proposant deux types de dispositions permettant de maintenir le « sacrosaint » (et néanmoins très laïc) principe du concours unique.

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