Libération - Rebonds de Camille Pascal : Google, la Bibliothèque nationale et le syndrome du moine copiste

Le Léviathan nouveau est arrivé ! Il a quelques semaines d’avance sur le beaujolais
et porte un nom rigolo. mais il ne faut pas s’y fier, il est redoutable. Les gardiens du temple sont formels ; Google menace les siècles d’intelligence conservés à la Bibliothèque nationale de France où l’hydre moderne bénéficierait même de complicités internes.
Sommé de s’expliquer, le président de la BNF confesse avoir repris des négociations avec les équipes de Google.
Il n’est pas encore accusé d’apostasie mais cela ne saillait tarder et un bûcher se dresse certainement déjà quelque part. Si la civilisation française vit ses dernières heures, la gravité de l’instant mérite peut-être que l’on sorte de l’anathème pour essayer de raisonner, un peu.
[…]
Le classement des pages sur Google ne relève pas de l’idéologie mais de la technologie. Certes, cette technologie est aux mains d’une entreprise privée et celle-ci cherche à faire des profits. Cependant, avant de tirer des bénéfices de sa bibliothèque numérique mondiale, Google va devoir investir des sommes colossales. Pour les seuls fonds français datant de la IIIe République, le chantier est évalué à 80 millions d’euros. Qu’une entreprise assume ce risque financier – dans une économie numérique toujours fluctuante, rien ne garantit les profits – ne me choque pas : ne perdons pas de vue que des pans entiers de notre patrimoine, du château de Versailles à la cathédrale de Strasbourg, ne seront jamais numérisés. En outre, il ne faut pas craindre de traiter Google comme une entreprise privée, de poser des conditions strictes ou encore de faire jouer la concurrence. Il va de soit, au pays de Beaumarchais, que les droits des ouvrages qui ne sont pas tombés dans le domaine public doivent être protégés.












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