Les maths en quête de mathématiciens

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Pour la première fois depuis vingt-deux ans, les mathématiciens français tenaient à Paris, les 1er et 2 décembre, les Etats généraux de leur discipline. Avec, au centre des discussions de ce colloque baptisé « Maths à venir », un surprenant paradoxe : alors qu’elles sont plus que jamais nécessaires au fonctionnement du monde, les mathématiques sont, dans les pays riches au moins, de plus en plus boudées par les étudiants.

Où sont-elles ? A peu près partout. Dans la microélectronique, dans les simulations numériques de systèmes complexes, à l’image de celles utilisées par les climatologues ; dans les logiciels qui traitent les énormes masses de données qui transitent sur le Net ; dans les systèmes d’imagerie médicale ; dans le fonctionnement, toujours plus complexe, des marchés financiers, etc. Et ce ne sont pas là des mathématiques forgées de longue date, mais « des mathématiques issues de travaux tout récents », explique Etienne Ghys, chercheur au CNRS et professeur à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon. « Nous avons de plus en plus besoin de mathématiques et disposons de moins en moins de mathématiciens », résume-t-il.

Un commentaire

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Bonjour,

Je ne peux que partager le constat de tous ces brillants professionnels des maths : les maths sont partout, on en consomme de plus en plus. J’ajouterais : les maths créent de la valeur, ils peuvent même peut-être rendre de le monde meilleur et au pire, ils permettent au moins de s’enrichir considérablement si on y tient vraiment. Alors pourquoi les étudiants fuient-ils les maths, y compris ce qui ont un bac scientifique ? Eh bien je ne crois pas que ce soit à cause d’une erreur d’aiguillage ou d’une perversité inhérente au système d’enseignement secondaire. Il me semble au contraire que c’est un arbitrage assez rationnel au moins dans un cadre français.

En effet, les maths sont une matière élitiste, au sens que l’on ne peut pas faire grand chose de spécifique en étant un matheux aux dons juste moyens, contrairement à d’autres matières. A ma connaissance, tous les grands mathématiciens ont des dispositions mentales particulières. Et le système s’est adapté en conséquence, en hyper-sélectionnant par élimination comme pour choisir des athlètes de haut niveau. Les maths n’offrent pas une sélection favorable aux laborieux, aux honnêtes travailleurs de base, mais plutôt aux virtuoses, aux esprits puissants. Et avec des rendements croissants, me semble-t-il, sur cette échelle.

La sélection par les maths, à la française, présente pourtant l’avantage de corriger des biais sociaux, elle devrait donc au moins être plébiscitée par ceux qui ne sont pas des héritiers (de la même que les autres parcours de sélection d’athlètes, du coup). Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Parce que l’hyper-sélection a rendu la participation au jeu coûteuse, alors que l’espérance de gain n’est plus si alléchante qu’autrefois. Il y a d’autres moyens de briller en société, nécessitant bien moins de prise de risque au niveau du choix de spécialisation : un esprit rapide et adaptable peut faire fortune dans le conseil, trouver le prestige dans la haute administration, etc. Beaucoup de gens sont prêts à gagner peu, mais peu de gens sont prêts à admettre qu’ils seront professionnellement médiocres à vie, juste parce qu’ils n’étaient pas équipés, au moment du bac, du cerveau leur ayant permis de passer les filtres de l’hyper-sélection. Car les maths sont aussi une course contre la montre. Les vieux cerveaux n’ont pas bonne presse dans ce monde-là.

Choisir comme spécialité une discipline qui n’offre pas de seconde chance, et dans laquelle les épreuves sont des plus difficiles, quand le jeu est plus facile et plus gratifiant ailleurs ? Il faut vraiment aimer les maths, ou être vraiment sûr de soi, ce qui est le privilège de quelques-uns, seulement. Je crois donc que le principal moyen de rendre les maths plus attractif, c’est de reconnecter l’enseignement de la discipline avec ses enjeux sociaux :
1° Permettre l’acquisition des savoirs mathématiques à tout âge : à défaut de former de grands mathématiciens (c’est bien, mais que vaut-il mieux, une nation de nuls en maths avec quelques exceptions brillantes, ou une nation ou presque tout le monde a un niveau suffisant pour beaucoup d’applications, mais peu de recherche ?), on améliorera ainsi la compétence de chacun dans sa propre discipline.
2° Rendre les carrières en mathématiques accessibles à tous, y compris des non-normaliens, non-X, quel que soit leur âge. C’est assez compliqué mais pas impossible, notamment en maths appliquées.
3° Incorporer des maths dans tous les cursus, adaptées au niveau des étudiants, non pas pour sélectionner, mais pour donner des outils. Ce pourraient être des compétences transverses, utilisées dans les phases de recherche, mais non notées pour elles-mêmes, par exemple.
4° Garantir des passerelles entre filières scientifiques et moins scientifiques, dans l’enseignement supérieur, pour permettre aux uns et aux autres d’acquérir les outils qui leur font défaut à tout moment d’une carrière. Cela inclut la possibilité pour un bachelier non-S de suivre une mise à niveau pour rattraper une fac de sciences ou de maths, mais pas seulement.

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