« C’est la réaction antisociale dans toute sa franchise! » / Le Monde du 5 janvier

Mon interview dans le Monde, publiée dans l’édition du 5 janvier.

La Conférence des grandes écoles estime que, à travers l’injonction d’accueillir 30 % d’élèves boursiers, c’est le modèle même de la grande école française qui est attaqué. Pensez-vous qu’elles soient menacées ?

Elles sont menacées par leur défense absolue des privilèges garantis par l’éducation nationale aux groupes sociaux les plus favorisés. Voilà un demi-siècle que les sociologues décrivent les mécanismes à l’oeuvre et que résume ainsi François Dubet: « Plus un élève est d’origine favorisée, plus il a de chances d’être un bon élève, et plus il est un bon élève, plus il se voit proposer un enseignement de bonne qualité. » Ainsi, on donne plus à ceux qui ont déjà plus.

Plus grave, peut-être: les dirigeants du lobby des grandes écoles assurent que ce système inégalitaire est… juste. Trop fort ! S’ajoute à l’injustice sociale la cruauté d’enfermer les élèves qui ne sont pas parvenus jusqu’aux épreuves des concours, dans l’idée qu’ils ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes: ils ne sont pas assez intelligents, pas assez travailleurs, pas assez motivés, etc. Quant à ceux qui franchissent en vainqueurs la ligne d’arrivée, alors ceux-là sont oints pour l’éternité par le système : ils sont les meilleurs, forcément, et en plus légitimés par un système affiché comme juste.

Les grandes écoles craignent une baisse de niveau si on leur impose 30 % d’élèves boursiers par école. Qu’en pensez-vous ?

Le lobby des grandes écoles avait obtenu du gouvernement qu’il use seulement de l’arme de l’augmentation des boursiers en classes préparatoires pour assurer une plus grande diversité sociale aux futures élites. Le voilà à présent qui attaque le gouvernement parce qu’il voudrait porter à 30 % le nombre des boursiers dans chaque grande école. C’est la réaction antisociale dans toute sa franchise ! L’intelligence, la curiosité intellectuelle, la capacité de travail seraient donc l’apanage des « riches »… puisque faire une place aux élèves boursiers, c’est-à-dire aux classes populaires et au bas des classes moyennes, ferait « baisser le niveau ».

Vous avez lancé une politique d’ouverture sociale en 2001. Depuis, 600 élèves issus de zones d’éducation prioritaire (ZEP) ont intégré Sciences Po. Qu’est ce que leur présence a changé ?

En 2001, il y avait 6 % d’élèves boursiers à Sciences Po. En 2008, 21 %. Ils seront 30 % en 2012. Et jamais Sciences Po n’a eu autant la cote en amont auprès des bacheliers, et en aval auprès des entreprises. A la rentrée 2009, 80 % des élèves français de première année avaient obtenu une mention « très bien » au bac avec plus de 17/20 de moyenne. La mixité sociale a été accompagnée par l’augmentation du nombre de candidats et l’élévation du niveau scolaire des candidats reçus.

Notre méthode ? Compléter la bourse du Crous et confier aux enseignants de 70 lycées de ZEP le soin de discerner parmi leurs élèves les potentiels les plus élevés. Ce qu’apporte à Sciences Po la mixité sociale de son corps étudiant ? L’ouverture d’esprit, la connaissance de la société, la diversité des talents, des tempéraments. Et l’humilité.

Propos recueillis par Benoît Floc’h

20 commentaires

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peut-être seriez-vous surpris, M. Descoings, de la (toute relative…) mixité du corps étudiant de l’ESSEC de M. Tapie.

Je pense que le biais social est moins prononcé après 2 ans de prépa qu’à l’issue du lycée. La perception que j’avais de la prétendue « diversité » de Sciences Po en en partant après 5 ans est qu’elle n’était qu’un assemblage d’étudiants CEP pour une part, et de TRES riches pour une autre part. Si M. Tapie doit faire quelque chose pour la mixité, ce n’est à mon sens pas en jouant sur l’admission sur concours après prépa, mais sur la médiocre procédure AST, dont je suis issu, qui ne fait qu’encourager le réseau et les comportements d’insiders sans récompenser le moins du monde un quelconque mérite.

Attaquer le concours est, pour les grandes écoles, un casus belli. Proposer des solutions pour une plus grande mixité sociale du corps étudiants par 1) des objectifs de représentation d’élèves boursiers en classes préparatoires en amont et 2) une ouverture des procédures d’admission parallèle (AST, AD…) à des profils reflétant davantage la diversité des parcours universitaires avec, pourquoi pas, des objectifs quantifiés d’élèves boursiers me paraît plus réaliste.
Ces procédures d’admissions parallèles sont aujourd’hui peu satisfaisantes, et elles sont plus flexibles que le concours post-CPGE.

Dans ce genre de débat, les lecteurs se ruent sur les prises de position et oublient de vérifier les faits. Richard Descoings le sait, il en abuse.
Que dit-il ? Que les grandes écoles pensent que l’intelligence est « l’apanage des riches », rien de moins. Qu’elles considèrent que « faire une place aux élèves boursiers » « ferait baisser le niveau ». Normal, les pauvres étant bêtes, il faut se méfier des pauvres déguisés en moins pauvres. Ils doivent être pervers en plus. Qui aurait pensé que les très républicaines écoles Polytechniques, Normales ou autres étaient en fait peuplées de partisans de la « réaction anti-sociale » ? Au point de s’opposer à un gouvernement, dont Mr Descoings est l’ami, et dont chacun sait à quel point il est à gauche.
Qu’en est-il dans les faits ?
La CGE n’a jamais pris les positions que lui prête Richard Descoings. Celles-ci seraient évidemment condamnables. C’est d’ailleurs pour cela que RD les a inventées. La CGE dit plus simplement que si le gouvernement voulait imposer le principe d’un quota de 30% de boursiers dans chaque école, cette politique menacerait le niveau moyen des élèves garanti par le concours. En effet si une école est obligée d’admettre des candidats qui n’ont pas le niveau requis au concours, uniquement parce qu’ils sont boursiers, le niveau moyen baissera. Le raisonnement est simple, factuel et difficilement contestable.
Cela étant dit, gouvernement peut souhaiter ce qu’il veut : détruire les grandes écoles, les incorporer dans les universités, les regrouper de force, ou au contraire en faire un conservatoire du génie éducatif français, mon propos n’est pas là.
Il est de poser la question suivante : est-il décent qu’un haut-fonctionnaire, Conseiller d’Etat, directeur d’un établissement public d’enseignement supérieur mente délibérément dans sa communication officielle ? Et porte atteinte par ses médisances à l’honorabilité d’autres établissements avec lesquels son propres établissement est en concurrence. Concurrence en sa défaveur pour l’essentiel. Ceci explique peut-être cela. Mais ne l’excuse pas.

C’est pourtant ce que la position de la CGE reflete implicitement. En considerant que la simple note au concours mesure adequatement le « niveau » des eleves, cette position revient a affirmer que la composition du corps etudiant des grandes ecoles reflete simplement la repartition de l’intelligence dans la societe. Refuser d’accepter l’idee que la forme du concours est discrimante socialement, c’est donc implicitement dire que les pauvres sont moins intelligents, comme le demontre leur moindre reussite au concours.
Bien entendu, l’argumentation contre cela est de dire qu’il faut traiter le probleme a la source (donner plus d’aide aux eleves en amont, genre depuis l’ecole primaire) mais c’est souvent une maniere bien pratique de refiler le probleme aux autres…

Avec des « implicitement » à toutes les phrases on fait dire n’importe quoi à n’importe qui. L’explicite a l’avantage d’être vérifiable. Et les intentions « anti-sociales » que Richard Descoings prête aux grandes écoles sont de la pure calomnie.
L’argument selon lequel les grandes écoles « refileraient le problème aux autres » est spécieux. Car la chaîne causale est bien claire. Ce ne sont pas les grandes écoles qui sont responsables du fait que certains bacheliers ne savent pas écrire le français, ni parler une langue étrangère. Comment pourraient-elles, à elles seules, en bout de course, compenser le fait que l’école républicaine n’a pas réussi à remédier aux handicaps sociaux ? En bonne logique Richard Descoings devrait s’en prendre à l’école. S’il préfère attaquer les grandes écoles, c’est donc pour d’autres raisons que la volonté de résoudre le problème. S’attaquer au thermomètre plutôt qu’à la maladie est un grand classique en politique. Si en plus le « thermomètre » est constitué de vos concurrents, c’est tout bénéfice.

Le gouvernement fixe-t-il un quota ou émet-il une injonction, ou bien fixe-t-il simplement objectif ?(cf les « 80% de bacheliers dans une classe d’âge »: augmenter le niveau des élèves, ce n’est pas la même chose que baisser le niveau de l’examen)

J’ai entendu dire que la proportion de boursiers, ou d’ex-boursiers, dans les grandes écoles, était bien plus importante il y a 30 ou 50 ans; si oui, quelle en était la raison, alors qu’à l’époque le gouvernement ne passait pas son temps à tenter de faire croire que la discrimination avait des aspects positifs ?

@BJD: la réussite universitaire, scolaire et professionnelle nécessite des aptitudes (notamment la possession de certaines connaissances) qui ne se limitent pas à l’intelligence.

M.Descoings
Encore une fois vous faites de la démagogie et de la manipulation:La CGE refuse que des élèves bénéficient d’un passe-droit or vous voulez dispenser cetains de concours.Il n’y a rien d’antisocial à celà,ce qui est antisocial et même antisociétal c’est de vouloir faire baisser le niveau d’exigence des grandes écoles par pure démagogie bobo.
Aprés avoir voulu la disparition de l’histoire-géo en TS ,vous montrez votre haine de la culture française et votre attachement au nivellement par le bas.
M.Descoings je ne vous cache pas que je souhaite sincèrement votre démission de la direction de science-po le plus rapidement possible.

Bonjour,

Je commence par la fin, de l’humilité, c’est bien ce qui manque à beaucoup de ces « citoyens » sortis des grandes écoles.
Un exemple certainement mauvais, le mien : j’ai un master II de droit, j’ai eu un concours de catégorie A des plus difficiles de la fonction publique et j’ai intégré il y a qq mois une autorité administrative indépendante. Il faut vivre au quotidien le mépris dont font preuve la plupart de mes « collègues » sortis des grandes écoles. La politesse, connaissent pas, le respect, faut pas demander la lune !!! Entre eux c’est la guerre selon leurs ecoles d’origine et leur rang de sortie.
Je finis par une remarque, de la mixité dans les grandes écoles c’est très bien mais cela ne donnera pas forcément accès aux réseaux que se sont constitués ces gens bien nés qui ont une si haute idée d’eux même…

Bonjour,
Oui, la division en deux branches de l’enseignement supérieur (Université et Ecoles) est totalement néfaste, improductive et ne permet pas de distinguer les meilleurs. Il est temps de s’avouer qu’intégrer puis sortir avec un rang convenable d’une grande école ne sert à rien d’autre qu’à avoir un billet d’accès à un réseau qui fonctionne à plein régime. Vingt après, vos « copains de promo » s’activent encore pour vous aider à intégrer un poste, sans que le soi-disant mérite compte pour quoi que ce soit. Et, à votre mort, votre promotion figura sur votre avis de sépulture ! C’est clairement un phénomène de caste.

Quel intérêt pour une société de tout miser sur l’effort intense de certains jeunes triés entre 19 et 22 ans, puis placés à l’abri de toute remise en question et évolution ?

J’invite enfin tous les contributeurs à lire le petit ouvrage de Baudelot et Establet,  » L’élitisme républicain – L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales », Seuil 2009. Pour redescendre de notre prétendu piédestal et comprendre qu’il n’y a pas d’autre solution que de réduire les inégalités sociales et économiques.
Et, donnez de la voix, M. Descoings !
Signé : une ex-contributrice du blog 2009 « Lycée pour tous »

Que de démagogie et de populisme dans cet interview !
Non les grandes écoles ne sont pas peuplées de goses de riches. C’est totalement faux, les élèves des grandes écoles sont plutôt issus de la classe moyenne salariée, ceux qui ne gagnent pas assez pour être « riches » et trop pour avoir des enfants boursiers ! Ceux qui n’ont pas la possibilité, comme un certain « R.D…. », Conseiller d’Etat en détachement pour être directeur d’une grande école parisienne, de se faire voter par leur conseil d’administration un salaire idoine et assez gratiné.
11.000 euros mensuels disait la presse, pas mal pour un défenseur des banlieues et des quoatas de pauvre.
Il y a un coté « gauche caviar » dans tout cela, comme tous ce dirigeants qui pérorent sur l’école laïque et mettent leurs enfants dans les écoles privées catho de Neuilly.

Tout quota, idée completement anti meritocratie républicaine, c’est pas moins de place pour les riches, qui de toute façon se debrouilleront tous seuls très bien, c’est en fait moins de place pour les enfants de la classe moyenne, ceux qui n’ont d’autres moyens de se défendre dans la vie que justement, leur travail et leur intelligence

Les commentaires dénotent des limites que les opinions des uns et des autres imposent à leur bon sens et à leur capacité d’analyse.

Les grandes écoles « à la française » existent parce qu’au sortir de la révolution française il a fallu recréer une élite. Au delà de l’enseignement de qualité qu’elles fournissent, elles constituent, par la faible importance de leur recrutement et par le fait qu’elles recrutent majoritairement dans les classes aisées, un mécanisme de reproduction des élites.

Si ce système produit certes une élite, il ne permet pas l’amélioration de cette élite et reconduit ses défauts et ses dysfonctionnements. En témoignent les réactions en situation de crise, la faible efficacité des mécanismes de gouvernance de nos entreprises, ou encore le manque de créativité de nos élites comparées au reste du monde.

Les grandes écoles « à la française » sont vouées à disparaitre si le pays souhaite réellement faire face à la concurrence étrangère (pas tant scolaire qu’économique et politique). En effet, le besoion actuel n’est pas d’avoir une petite minorité d’élite très bien formé, mais au contraire, une « grosse » élite très bien formée. Cela passe par 2 choses :
- l’élargissement du nombre de diplomés et donc la révision des modes de formation et des parcours de scolarité
- l’exploitation du potentiel disponible en dehors des « familles de l’élite », pour le gain du pays.

Certes, les élèves auront à accepter l’idée que leur promo compte 1000 personnes et non plus 100, mais à l’inverse, le pays aura à se réjouir de la disponibilité plus importante de cerveaux bien faits pour ses entreprises, ses labos et son administration.

Le quota des boursiers est un moyen comme un autre d’aller dans cette direction.

D’ailleurs puisqu’on parle de niveau et de performance, comment se fait-il que les écoles ne questionnent pas le fait qu’un de leurs diplomés ne soit plus jamais réévalué après le concours ? Ce point amène à réfléchir sur les mécanismes de construction de nos élites. Dès lors que l’appartenance à l’élite repose sur un simple concours, difficile de justifier que le caractère de « boursier » puisse justifier une baisse durable du niveau des élites.

Plusieurs erreurs dans vos propos, cher Bob :
1) Les grandes écoles n’ont pas été créées « au sortir de la révolution française », mais sous l’ancien régime(Mines, Ponts) et par la révolution (X, ENS) et sous tous les régimes jusqu’à nos jours, parce que l’université refusait de former aux métiers techniques et économiques.
2) répondre à la concurrence étrangère n’implique pas la disparition des GE. Ce sont elles qui s’adaptent le mieux à cette concurrence. S’il faut certainement élargir des capacités des universités à former la « grosse élite » dont vous parlez, on ne voit pas pourquoi il faudrait que les Ge disparaissent.
3) Quant au reproche selon lequel « les écoles ne questionnent pas le fait qu’un de leur diplômé ne soit plus jamais réévalué après le concours », il n’est pertinent que pour une toute petite partie des grandes écoles : celles qui ont un monopole d’accès aux grands corps de l’Etat, l’X et l’ENA en premier lieu. Les diplômés de Centrale, de Supelec, d’Hec, de l’Essec et de centaines d’autres écoles sont évalués tout les jours dans leur travail et n’ont aucune protection. Ceux qui sont protégés de toute évaluation sont les hauts fonctionnaires comme Richard Descoings qui, même quand on aura compris qu’il a conduit ScPo dans une impasse, pourra retrouver son poste au chaud au Conseil d’Etat.

M Descoings.

Comme vous l’avez dit sur une grande radio nationale, il y a 30% d’étudiants boursiers en classe prépa. Soit, ceci est plutot une bonne nouvelle dont je me réjouis, ayant été moi même préparationnaire boursier: il est en effet important de donner à tous les même chances. De façon naturelle, ces 30% d’élèves boursiers se retrouveront d’ici 2/3 ans en Ecole voire Grande Ecole.

Néanmoins, vous avez tort de penser qu’il s’agit de la volonté des Ecoles de freiner l’intégration des boursiers dans leurs promotions. Comment celà peut-il être vrai pour des concours où les noms, origines sociales des élèves sont totalement cachés des correcteurs? Il faut également signifier que les élèves boursiers bénéficient de tarifs préférentiels sur les concours qui faut-il le dire, sont majoritairement payant pour les non boursiers. Une nuance peut cependant être apportées pour ce qui est des Ecoles privées, mais alors il ne faut pas générer ces dires à l’ensemble des Grandes Ecoles.

Les entités « Grandes Ecoles » sont notamment caractérisées par leur réseau fort, réseaux d’anciens qui donnent ce sentiment d’appartenance, auxquels tous les anciens ne côtisent pas forcément (généralement moins de 50%). Ces réseaux portent les identités des chaques Ecole, et font preuve, comme je peux le constater, d’ouverture et d’indifférence la plus totale quant à l’origine sociale des nouveaux élèves.

L’épiphénomène mentionné dans cet article est juste l’expression d’un mal profond de la société qui est l’impossibilité de réformer ces universités aux inerties lourdes. A l’opposé, les Gandes Ecoles, plus petites mais certainement dynamiques changent progressivement de cap pour s’intégrer dans le Monde de l’éducation de façon compétitive. Soyons fier de nos Grandes Ecoles, elles ne brident pas l’enseignement en France, loin de là. Ayons la volonté et le courage de faire de vrais réformes dans l’enseignement supérieur, IUT, BTS et cursus LMD pour ramener les universités à des places plus honorables dans le Monde, mais pour la dignoté de chacun, cessons de prendre les Grandse Ecoles pour des bouc-emissaire.

[...] 2012. Il s’insurge contre l’opposition de la Conférence des Grandes Ecoles : “c’est la réaction antisociale dans toute sa franchise“. “Le lobby des grandes écoles avait obtenu du gouvernement qu’il use seulement de [...]

Bonsoir.

Chronique signalée et commentée dans la Revue de blogs n°9 d’Histoires d’universités http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/01/06/revue-de-blogs-n°9/

Meilleurs voeux 2010 et que cette année soit meilleure pour les universités de France. Bien cordialement

Bonjour,

Ce qui gêne dans l’objectif « 30% de boursiers », c’est qu’il semble s’agir en fait d’une « discrimination positive » sur la base du niveau de vie des parents. Pourquoi ne pas plutôt mettre le paquet pour donner à tous ceux qui en ont l’intérêt un enseignement secondaire de qualité, quelque soit leur origine sociale, et pouvoir ensuite faire passer à tous le même concours ou examen ? C’est le sens du baccalauréat. Le problème est le niveau trop hétérogène des lycées, dû notamment à la discipline et aux conditions de travail. Je trouve que « bidouiller » des systèmes de quotas d’élèves d’origine modeste est un aveu de résignation. N’abandonnons pas la méritocratie, réalisons-la !

Le problème de cette fermeture du recrutement a à mon avis une autre origine. Si tout les « fils de » vont dans les grandes écoles, si les fils de profs sont si nombreux en Ecole Normale (à quand des quotas ?), c’est peut être parce qu’il est difficile de devoir faire (à la fois pour les enfants et les parents) une école bien moins cotée et bien moins prestigieuse que celle des ses parents. Soyons honnête : des parents qui sortent de Centrale ne verront pas le parcours de leur fils comme une franche réussite s’il part en bac pro.
Augmenter la base sociale du recrutement des élites, d’accord, mais tout le monde ne peut pas être en haut. Et donc que faire de ceux issus de l’élite qui se retrouvent hors de celle-ci ? quand on a réussi, il me semble humain de vouloir la même chose pour ces enfants, surtout quand la société pousse à l’élitisme et insiste autant sur le mérite académique.

Ce débat illustre une fois de plus le détournement du sens des mots et du sens des missions, premières et secondaires, assignées aux institutions. Une école, petite ou grande, est faite d’abord pour instruire et porter au meilleur niveau possible de connaissances et de compétenceles élèves/étudiants qu’elle a à former. Il est ensuite souhaitable que tous les milieux sociaux soient représentés mais ce n’est pas aux grandes écoles d’y pourvoir … c’est au niveau des études antérieures (collège, lycée , classes de prépa..) que l’on doit préparer les élèves aux épreuves des concours d’entrée .. Et on doit à cet effet offrir aux élèves issus de milieux dits défavorisés des aides et formations spécifiques palliant l’absence d’assistance éducative de la part du milieu familial. Vouloir, comme on l’entend dire, modifier le niveau des concours pour favoriser l’accès des plus faibles constituerait une discrimination scandaleusement improductive, notamment pour ceux que l’on prétend vouloir favoriser ..mais aussi pour l’ensemble de la jeunesse. Il ne s’agit pas d’obtenir un diplôme (surtout s’il est dévalorisé) mais de posséder un niveau de connaissances et de compétence.
Aimeriez-vous vous faire soigner par un médecin dont vous ignoreriez si sa sélection a été complète car acquise grâce à des quotas sociaux ?
Ce projet de quotas est en plus anti-éducatif du fait de l’image qu’il donne, et il est de nature à décourager ceux qui s’efforcent d’apporter un soutien aux jeunes gens qui manifestent la volonté de s’en sortir réellement !

De maniere typiquement francaise, ce debat tourne au dramatique et elude la vrai question.

Personne ne dit que les Grandes Ecoles ne doivent pas continuer a recruter les meilleurs eleves.

La question est simplement de savoir si les outils de selection actuels (qui, encore tres francais, sont portes en principes intouchables alors qu’ils ne devraient etre qu’outils) sont les plus appropries pour recruter les meilleurs, independament de leur milieu d’origine.

Par exemple, l’Universite d’Oxford selectionne ses etudiants par une combinaison de tests, dossiers, entretiens etc et personne ne peut dire qu’elle ne fait pas partie des meilleurs universites mondiales.

Pourquoi ne pas reflechir a comment ameliorer les outils de selection plutot que de carricaturer le sujet en une lutte entre « working class heroes et reactionnaires »?

C’est pour cela que je m’étonne que la procédure d’admission spécifique aux ZEP de l’IEP ne soit pas étendue à la totalité des candidats de cet établissement.

eh oui, il sera toujours donné plus à ceux qui en ont le plus.

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