Tribune d’Alain Minc et François Pinault: « Boursiers: la réticence des grandes écoles est indigne! »

Lire l’intégralité de la tribune, Boursiers : la réticence des grandes écoles est indigne !, par Alain Minc et François Pinault dans le Monde du 6 janvier 2010.

Nous avons eu, l’un et l’autre, un haut-le-cœur en lisant la déclaration de la Conférence des grandes écoles sur les 30 % de boursiers. Que deux individus aussi différents – indépendamment de l’amitié qui nous lie – réagissent ainsi est peut-être révélateur !
Autodidacte et major de l’ENA, entrepreneur et intellectuel, capitaliste et technocrate – ce que nous sommes –, nous avons eu le même réflexe d’indignation.
Comment peut-on dans la société contemporaine être aussi réactionnaire ? Comment croire que le niveau des concours doit être intangible afin de fixer à jamais une hiérarchie entre jeunes Français à l’âge de 20 ans ?

PROMOTION SOCIALE

Comment ne pas comprendre que l’équilibre de la société passe par le rétablissement de la promotion sociale et qu’à cette aune-là le respect absolu des modes de recrutement traditionnels est suicidaire ?

Quelle bonne conscience aveugle-t-elle les patrons de grandes écoles au point de leur faire croire que le système actuel de recrutement est la garantie absolue, pour la France, de disposer des meilleures élites ?

Nous ne nions naturellement pas la réussite, pendant des décennies, d’un mode de sélection qui a fourni à l’économie française des gestionnaires et des ingénieurs d’un excellent niveau international. Mais, parce que justement ce système est solide et efficace, il n’est pas menacé par une inflexion à la marge.

Qui peut imaginer que le rayonnement de l’Ecole polytechnique ou d’HEC disparaîtra parce que le recrutement aura été légèrement transformé à des fins de promotion sociale ? Ceux qui ont, en toute sérénité, signé ce manifeste méconnaissent le grondement qui vient du fond de la société. Ils ne mesurent ni les urgences ni les priorités du moment.

Ils pourraient au moins faire leur, à défaut d’une réaction plus ouverte, la philosophie du prince de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que tout reste pareil. »

Mais s’ils acceptaient d’aller plus loin et de mettre leur incontestable intelligence au service d’un minimum de changement social, ils penseraient qu’il faut qu’un peu change afin que tout change vraiment.


Alain Minc, consultant et essayiste; François Pinault, président d’honneur du groupe PPR

8 commentaires

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« un haut le coeur »… ben voyons. Le croissant a fini par passer quand même j’espère, ce serait dommage que la passion bien connue de ces deux-là pour la dignité du peuple et la défense du prolétariat leur aie fait avaler de travers.

Le pauvre Pierre Tapie a visiblement sous-estimé votre force de frappe médiatique, Monsieur Descoings. Il s’en trouve aujourd’hui vraisemblablement fort marri ; que cela n’empêche pas de s’interroger sur le fond.

…en tout cas, une chose est certaine, Alain Minc ne s’est toujours pas remis, 35 ans après, d’être sorti major de sa promotion.

Si Minc se présente aujourd’hui comme un autodidacte, c’est pour faire du genre … il a fait Mines de Paris avant l’ENA. Et peut-être a-t-il un compte à régler avec l’X dont le concours n’a pas su reconnaître ses (immenses) mérites à leur juste valeur. Pour lui, l’ENA a vraiment été l’école de la 2ème chance.

J’ai lu trop vite, cru que c’était signé par le fils Pinault (diplômé d’HEC) et non le père qui avait signé l’article. Du coup j’ai pensé que c’était Minc qui s’autoproclamait « autodidacte », alors qu’il venait des Mines de Paris.

Je vous soutiens à fond Mr Descoings. Il n’y a vraiment pas de raison:
1/ de se taper tous les mauvais à Sciences Po
2/ d’avoir encore des écoles qui forment une élite – quelle horreur!
3/ de supporter des gens comme Minc
Grace à vous, je sens se rapprocher le dénouement inéluctable pour la société française. Pardon, je voulait dire la société multi-culturelle-confessionnelle établie en France. Enfin en Europe, ou quelque part par là. Encore merci. Votre aide va au-delà de vos ambitions.

petit apport de ma part : il s’agit du comte de Lampedusa, pas du prince. ;-)

Nouvel apport de ma part: Il s’agit bien du PRINCE(et non du comte) sicilien Giusepppe Tomasi Di Lampedusa (1896-1957)

Si l’on ne connait pas l’ouvrage on connait au moins l’adaptation cinématographique avec Mister Alain Delon et la belle Claudia Cardinale. Palme d’or à Cannes en 1963 s’il vous plait… :)

Descoings au service du grand capital, au moins il assume

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