Quelle mouche a piqué la Conférence des grandes écoles ?
La première question qu’on peut se poser est la suivante : pourquoi la Conférence des grandes écoles a t elle décidé de lancer sur la place publique une provocation sociale aussi violente, là, maintenant, en ce début du mois de janvier 2010 ?
La réponse ne va pas de soit.
La crise financière a d’abord été une crise des élites – pas du tout seulement en France bien sûr ! Ce ne sont pas les anciens élèves des grandes écoles françaises seuls qui ont inventé les bonus, les subprimes, les produits dérivés, etc. En revanche on sait que les meilleurs traders français ont été formés dans les toutes meilleures écoles d’ingénieur et les toutes meilleures écoles de commerce. A tel point d’ailleurs que pour les autres secteurs de débouchés professionnels, la concurrence devenait très dure aussi bien sur le montant des salaires que sur l’attrait des professions.
On sait aussi que du temps de la splendeur de la City de Londres, beaucoup de jeunes diplômés français se sont installés outre manche. Qui le leur reprocherait ?! Ou à Singapour, ou à NYC, etc.
Ce ne sont pas les jeunes diplômés de l’Essec ou de Polytechnique ou de Dauphine qui ont fait la crise financière mais une part importante d’entre eux a participé de l’engouement général : je ne leur jetterai en aucun cas la pierre.
Mais la crise financière a violemment touché l’économie réelle et le chômage qu’on croyait durablement décroissant a explosé à nouveau. Et les Etats ont investi massivement pour sauver les banques, les financiers. Ils ont eu raison : sauver les banques, c’est d’abord sauver les épargnants, à commencer par les petits épargnants. En attendant, les déficits publics sont devenus des gouffres, on cherche les moyens de réguler la finance, de lutter contre l’excès de cupidité (« greed »).
Choisir le début 2010 pour affirmer qu’élargir la base sociale du recrutement des futurs diplômés des grandes écoles serait prendre le risque de faire « baisser le niveau » de ces écoles et/ou de ces diplômés, c’est vraiment agiter le chiffon rouge face à un taureau blessé.
Attention les pauvres, trop nombreux vous feriez baisser le niveau !
C’est cette tranquille impunité dans l’outrage social qui m’a exaspéré. Un peu de pudeur, ne croyez vous pas que cela serait de circonstance ?
Des personnalités aussi peu « gauchistes » ou « anti-élites » que Minc ou François Pinault ne s’y sont pas trompées. Dans des termes très forts, elles ont condamné les formulations employées par les dirigeants actuels du lobby des grandes écoles. Le plus grand danger pour les entreprises aujourd’hui est bien que l’immense mépris manifesté à l’égard des classes populaires et des classes moyennes soit imputé aux dirigeants d’entreprise, aux DRH, à toutes celles et tous ceux qui savent que dans la vie professionnelle, ce qui compte c’est moins le concours auquel on a été reçu à 20 ans que la compétence, le charisme, l’humanité dont on fait preuve tout au long de la vie professionnelle.
Alors quelle mouche a piqué la Conférence des grandes écoles ?
à suivre












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