Le Monde - Apprendre à vivre sur la planète Pandora…, par Bruno Latour

Lire l’intégralité de cette analyse de Bruno Latour dans Le Monde.

Charte de l’environnement, article 4, qui a valeur constitutionnelle : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

Le film de James Cameron Avatar offre un commentaire particulièrement frappant de cet objet non identifié qu’on appelle depuis une vingtaine d’années « le principe de précaution ». Le complexe militaro-industriel qui exploite sans remords apparents les ressources de la planète Pandora applique un principe exactement contraire de totale indifférence aux conséquences lointaines de ses actions. Pillons d’abord, on discutera plus tard. Ou plus exactement un principe de connaissance certaine : je sais, donc je n’ai pas – ou plus – à apprendre. « Je sais quelle est la véritable valeur de la planète (le minerai qui fait sa richesse et que les sauvages ignorants n’exploitent même pas), et j’agis donc en conséquence. Je sais que la planète Pandora, comme la Terre, ne peut qu’être inanimée, et donc je peux agir pour détruire les obstacles qui gênent l’exploitation sans avoir à prendre aucune précaution particulière. »

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Bruno Latour

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