Natacha Polony, une journaliste spécialiste de l’Education nationale franche
Natacha Polony est une très remarquable spécialiste de l’Éducation nationale ; elle a explicité ses idées dans un livre intitulé « M(me) le Président, si vous osiez … 15 mesures pour sauver l’école » publié en mars 2007 aux Éditions Mille et une nuits
J’ai de l’admiration pour elle parce qu’elle connait son sujet : elle est non seulement une journaliste spécialisée dans l’Education nationale mais elle est agrégée de lettres et enseigne au Pôle universitaire Léonard de Vinci (que certains appellent la fac Pasqua. En tout cas elle y enseignait au moment de la parution de son livre, c’est indiqué sur la 4ème de couverture).
Mon admiration vient aussi de ce qu’elle est « cash », elle dit les choses honnêtement, directement, frontalement sans s’entortiller dans des « mais si, en fait nous sommes tous d’accord, c’est juste que nous nous sommes mal compris » etc etc. Du coup, elle nourrit vraiment le débat public, idée contre idée, idéal contre idéal, conviction contre conviction.
Dans les choses que Natacha Polony écrit en 2007, il en est qu’une large partie de l’opinion peut partager : « garantir les diplômes nationaux » …mais à condition de rendre leur caractère sélectif aux examens nationaux comme le baccalauréats, le brevet ; ou bien « valoriser l’enseignement professionnel », « évaluer les enseignants sur leurs résultats, « récompenser ceux qui travaillent ».
Elle s’attaque courageusement au « collège unique » en rappelant (p. 97) : « Un peu d’histoire. Autrefois existaient deux filières : les classes populaires allaient à l’école primaire, puis, par le collège, jusqu’au certificat d’études ; les enfants de la bourgeoisie passaient quant à eux par le lycée, pour atteindre le baccalauréat puis l’enseignement supérieur. Votée en 1975 et mise en place en 1977, la réforme sur le collège unique de René Haby, ministre de l’Education de Valéry Giscard d’Estaing, visait à démocratiser l’accès aux diplômes en supprimant ces filières de classes [de classes sociales].
Quatre années, de la sixième à la troisième, pour donner une culture commune aux enfants, et une chance égale d’atteindre le lycée général ; un projet plébiscité par les classes moyennes, qui y voyaient un espoir d’ascension sociale. Un projet porté par un ministre de droite, mais devenu le totem d’une gauche pétrie de bonnes intentions ».
C’est honnête et c’est courageux de rappeler cette réalité historique. Jusqu’à la fin des années 1970, il y a dans la France républicaine un système d’écoles à deux vitesses et c’est un système de classes.
Ensuite, Natacha Polony explique pourquoi, à son sens, cette réforme a échoué et comment s’il faut préserver la carte scolaire, il ne faut pas maintenir l’égalité (je crois que dans son esprit c’est plutôt de l’égalitarisme) créé par le collège unique.
Concrètement, pour reconstruire un système scolaire meilleur que celui qui a découlé de la réforme du milieu des années 1970 (et qui avait été impulsé politiquement par le général de Gaulle au début des années 1960), elle propose 3 mesures phares :
- établir un examen à l’entrée en 6ème ( c’est en fait le retour de cet examen)
- établir un examen d’entrée en seconde
- retirer de la loi d’orientation sur l’école [celle de 1989, adoptée sur la proposition de Lionel Jospin, à l'époque ministre de l'Education nationale] les slogans staliniens comme ‘80 % d’une classe d’âge’ au niveau du baccalauréat
- retirer de la loi [celle de 2005, adoptée sur la proposition de François Fillon, à l'époque ministre de l'Education nationale] l’objectif de 50 % d’une classe d’âge diplômé du supérieur
- sélectionner à l’entrée des facultés
- faire en sorte que tout baccalauréat ne donne pas accès de droit à toute filière universitaire ».
J’aime les positions de Natacha Polony parce qu’elle dit ouvertement ce que beaucoup pensent tout bas. Elle est dans le débat/combat politique, elle ne fait pas semblant qu’il y a des « évidences », des consensus, là où il y a des rapports de force sociaux, des conflits politiques.
Bon, en même temps, celles et ceux qui me lisent parfois savent que je suis en désaccord avec presque tout ce que préconise cette journaliste engagée.
Mais avec elle on peut débattre, elle ne se dérobe pas. Elle est franche.












16 commentaires
Connectez-vous