Dassault attaque
Serge Dassault a un groupe de presse puissant, qui comprend notamment « Le Figaro ». Et aussi « Valeurs actuelles ». Je connais mal Serge Dassault (je veux dire pas mieux que tout le monde). Il me connaît parce que comme député-maire de Corbeil Essonnes il avait soutenu à mort la Convention Education Prioritaire passée entre le lycée Robert Doisneau et Sciences Po pour la sélection des élèves de 1ère année.
Lorsqu’il m’a envoyé le numéro de Valeurs actuelles de cette semaine, j’ai été surpris (il ne le fait pas d’habitude). J’ai mieux compris en lisant dans ce numéro les deux pages qui viennent au secours des grandes écoles et de Pierre Tapie (à croire qu’elles en ont besoin), la condamnation de l’affirmative action à l’américaine par Luc Ferry (qui n’aime ni mai 68 ni le quota de femmes prévu par la Constitution de la 5ème République pour rétablir l’égalité hommes/femmes en politique).
Le Figaro avait déjà publié une tribune d’un ancien président de la Conférence des grandes écoles disant tout le mal qu’il pensait de ma bataille pour les boursiers et du risque que cela faisait prendre à « l’excellence ».
Et boum rebelote ce week-end : toute une page du Figaro sur « les nouveaux maîtres à penser » de l’Education nationale : le nouveau Directeur général de l’enseignement scolaire et ancien recteur de Créteil, Jean-Michel Blanquer. Et puis ma pomme. Si, si !
Rapidement regardée comme ça, la pleine page est plutôt « sympa », façon journalisme équilibré. Il faut dire que le lectorat du Figaro est plutôt de droite et plutôt âgé : cogner contre Sarkozy et contre Chatel, directement, ce n’est pas facile. Surtout que le Président de la République se bouge sacrément pour vendre les Rafale de Serge Dassault.
Donc, on va y aller en biais : contre un haut fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions qui peut difficilement répondre. Et contre un « trublion-de-gauche ».
Alors regardons de près ce que pense Le Figaro de ces deux « maîtres à penser ».
Bon évidemment, la première chose, c’est de savoir si « maître à penser », nous concernant, c’est bien sérieux. Je ne sais pas répondre mais disons que « à droite », « maître à penser » est un qualificatif qui s’applique plutôt à des gens de gauche, pas toujours de façon très positive, on dira.
Ensuite, nous incarnons « en se parant des plumes chatoyantes de la modernité un certain avenir de la maison Education nationale ». C’est plus clair : si « on se pare de plumes » c’est qu’on ne l’est pas vraiment, « modernes ». Et puis lier « modernité » et « plumes chatoyantes », il y a tout de suite un côté pas très sérieux. Moi je suis celui qui « s’est fait le chantre de la diversité », chantre c’est le chanteur, celui qui célèbre, le poète épique ou lyrique (si, si c’est le petit Robert qui le dit).
Et puis on est « les enfants chéris des médias et des politiques ». Des médias, ça va s’aggraver avec une pleine page dans Le Figaro de samedi-dimanche.
Là en revanche il y a une première « méchanceté » ; je « promets aux médias la création d’un lycée d’excellence en Seine Saint Denis, qui ne verra jamais le jour ». Et tac ! que de la gueule donc ! Bon, pas tout à fait, hein ? Parce que s’il n’y a pas « un lycée d’excellence » (les élus de Seine Saint Denis et le Président de la Région m’ont convaincu qu’il fallait partir des lycées existants et entraîner l’ensemble des équipes pédagogiques et des élèves dans plusieurs lycées), il y a aujourd’hui 10 lycées entrés dans l’expérimentation que je proposais et pour laquelle je lève au moins 500 000 euros par an.
2ème « méchanceté » – en tout cas aux yeux du Figaro - je « tonitrue contre ‘lélitisme’ républicain’ et je me « fais l’apôtre de l’ouverture sociale d’un enseignement supérieur qu’il voudrait voir ressembler aux grandes universités américaines ». Là, carrément on succombe d’horreur : vouloir à la fois l’ouverture sociale et l’excellence américaine, c’est pas loin d’être contraire à l’identité nationale ça.
On en vient à la mission sur la réforme du lycée : alors là, ça cravache dur. Non seulement je pars à la rencontre des lycées et je récolte leurs doléances (vous le croyez vous, à une méthode pareille ? c’est dingue, tout de même) mais en plus je rends « un rapport très consensuel » (aaaaaaaaaaaaaaarrrrrrrrrrrrrrrrgggggggggggggggggggggg), « très loin de la révolution amorcée par le ministre [Xavier Darcos]. là c’est vrai, présenter un projet consensuel qui part des doléances des jeunes, c »est vraiment ignoble.
Mais il y a pire ! Car l’article est bien informé et connait les dessous psychologiques du personnage : « De Richard Descoings, ceux qui l’ont vu mener sa mission auprès des lycéens disent qu’il est ‘habile’, ‘très compliqué’ et même ‘dissimulé’. La noirceur de l’âme du personnage n’a pas échappé au Fig !
Ils sont tellement convaincus qu’on ne peut les prendre au sérieux ces lycéens au Figaro qu’est cité (mais avec un prudent anonymat) « un artisan de la réforme ». « IL FALLAIT FAIRE CROIRE AUX LYCEENS QU’ON LES ECOUTAIT ». Pour ce courageux artisan de la réforme, écouter les jeunes c’est tellement hors de leur horizon mental, qu’on peut tout au plus faire semblant. Et il doit être tellement loin des jeunes, ce courageux artisan qui lâche des choses pareilles, qu’il croit que les jeunes ne s’en aperçoivent pas quand on fait semblant …
De toute façon, l’essentiel , c’est que dans mes propositions, il n’y avait finalement pas grand chose : « il a sorti un rapport très prudent. Finalement, la réforme actuelle est beaucoup plus ambitieuse que ne l’était son rapport. » Là, vous me trouvez gisant dans une marre de sang …
Attendez, il y a mieux ! J’ai refusé d’être ministre (enfin si Sarkozy me l’a proposé c’est surtout parce que « d’aucuns [le] murmurent même qu’il aurait eu l’heur de plaire à la première dame ».
Et vous savez pourquoi j’ai refusé ? Parce que j’aurais « exigé comme condition un gel des suppressions de postes » ; dingue ça ! Insupportable pour un Serge Dassault pour qui toute dépense de l’Etat est une blessure personnelle. Enfin, sauf lorsqu’il s’agit d’acheter ses avions, hein ?
Bon pour le reste:
- je n’y connais rien au contenu de l’enseignement
- Blanquer est comme moi il rêve d’être ministre,
- à l’EN, l’Inspection générale est dévorée par les pédagogistes
- le reste du ministère « c’est le vide, le règne des hauts fonctionnaires sans convictions ».
Allez, je m’arrête là et vais me noyer dans une tasse de thé froide ! C’est trop triste.
Juste, Chère Natacha Polony, je préfère lorsque vous écrivez des livres où vous portez haut et clair le drapeau de vos convictions. Au Figaro, où vous êtes à présent en charge des pages éducation, je vous trouve un peu trop obligée d’écrire en biais, pour en même temps dire tout le mal que pense votre PDG de la politique scolaire du gouvernement et taire une critique trop directe et trop virulente contre le Président et le gouvernement qui conduisent cette politique mais qui protègent les intérêts de Serge Dassault.












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