La faillite de l’élitisme républicain – Alternatives économiques
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Le débat autour d’un quota éventuel de 30 % de boursiers dans les Grandes écoles a mis en lumière l’élitisme de l’enseignement supérieur français. Mais la question que posent les dérives actuelles des Grandes écoles n’est pas seulement celle de l’inégalité sociale dans l’accès à l’élite.
S’appuyant sur des enquêtes internationales, les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet avaient montré récemment le formidable gâchis que représente un système scolaire, tout entier bâti autour de la sélection par l’échec de la petite élite qui accèdera aux grandes écoles. Trop et trop tôt sélective, injuste et inefficace, l’école française doit redéfinir un véritable tronc commun pour mettre fin à cette dérive.
Depuis les chocs pétroliers des années 1970, tous les parents sont devenus, sans le savoir, des adeptes de la théorie du capital humain. Quel que soit leur milieu social, ils savent par expérience que, sur le marché du travail, le diplôme compte, que l’échec scolaire conduit à des impasses et que certaines orientations précoces sont des voies de garage qui se paient un jour au prix fort.
Sans refuser que l’école forme à la culture ou au civisme, les parents entendent d’abord qu’elle prépare convenablement au monde du travail. On est ainsi entré dans une culture anxieuse du résultat. Du coup, l’école, qui juge de la qualité des uns et des autres, devient à son tour l’objet de jugements de la part de ses élèves et de leurs parents. La mondialisation, vécue concrètement à travers les délocalisations, les expériences Erasmus ou la concurrence internationale, pousse naturellement à comparer son école à celle des pays voisins.
On se demande si nos collégiens savent plus ou moins de mathématiques que leurs homologues allemands ou anglais, si un ingénieur est mieux formé au Japon ou aux Etats-Unis qu’en France, si un élève sortant avec un niveau bac + 2 a plus de chances de trouver un emploi en France qu’en Espagne ou en Suède, si notre système d’enseignement supérieur, comparé à d’autres, n’est pas excessivement compliqué, etc. Pour répondre à ces questions, il est nécessaire d’apprécier avec des mesures sérieuses les compétences acquises par les élèves sur les bancs de nos écoles.
Elitiste et inefficace
Dans notre livre (voir « Pour en savoir plus »), nous avons examiné précisément les difficultés du système éducatif français à la lumière des enquêtes réalisées par le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, mieux connu sous le nom de Pisa. Disons-le d’emblée, la plupart des problèmes identifiés par cet exercice de comparaison à grande échelle pointent un même ensemble de causes : l’élitisme républicain de notre école, sa culture du classement et de l’élimination précoce, sa tolérance aux inégalités et à leur reproduction. Sous la carrosserie égalitaire de notre République, c’est une forme d’aristocratisme inavouée qui fait tourner le moteur. En dépit des politiques de démocratisation entreprises ces dernières décennies (mais souvent inachevées), l’école française est en effet trop et trop tôt sélective.
Christian Baudelot et Roger Establet, sociologues












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