« Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre » – Gilbert Béréziat – Le Monde.fr
Dans un chat sur LeMonde.fr, Gilbert Béréziat, vice-président de l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC, Paris VI), estime que le problème des droits d’inscription se pose d’abord dans les universités « qui n’ont pas la force de frappe que procure la recherche scientifique dans les sciences dures ». Lire l’intégralité du chat sur LeMonde.fr
Jocelyn : Le système universitaire est-il en train de s’américaniser et de nous obliger à nous endetter pour payer les études de nos enfants ?
Gilbert Béréziat : Actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c’est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues. En France, la sélection se fait à 14 ans, j’exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.
Mirko : Indexer les frais de scolarité sur le revenu des parents, comme le fait Sciences Po Paris, qui exonère totalement les personnes les plus défavorisées, me paraît juste. Qu’en pensez-vous?
Gilbert Béréziat : Sciences Po fait mieux que cela, puisque non seulement il exonère les enfants d’origines les plus modestes, mais il fait des bourses aussi, de manière qu’ils aient des conditions de travail qui se rapprochent des autres. Dauphine, contrairement à Sciences Po, n’est pas une université autonome, ne dispose pas à ma connaissance d’une fondation bien financée. Et je ne pense pas qu’il ait aujourd’hui les moyens de faire des bourses pour les étudiants issus de milieux dont on dit aujourd’hui qu’ils sont des « quartiers difficiles ».
Simon : Ce qui a créé le débat, c’est l’augmentation des frais d’inscription d’un diplôme d’université, mais cela reste impossible pour un diplôme national. La question est donc : combien de temps avant que les universités passent massivement aux diplômes non nationaux pour pouvoir augmenter leurs frais ? Qu’est-ce qui les en empêche ou les freine ?
Gilbert Béréziat : Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d’inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché.
Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent – et ils n’ont pas forcément tort – que dès lors qu’une formation est payante, l’établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants.
Mais encore une fois, c’est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu’il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d’inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d’exportation, en particulier.












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