18 professeurs des Ecoles pour une seule classe en deux années scolaires – Challenges
Chronique publiée initialement dans le magazine Challenges
Des parents excédés: leurs enfants en cours préparatoires et en cours élémentaires ont vu se succéder 18 professeurs des Ecoles en deux années scolaires. Comment a priori ne pas les comprendre? Mais regardons les choses plus en profondeur.
C’est dans la ville de Pantin en Seine-Saint-Denis. Des parents emmenés par la FCPE, association de parents d’élèves habituellement considérée comme proche de la gauche mais qui rassemble largement, décide de « porter plainte » contre le Ministre de l’Education Nationale. Plus exactement, ils menacent de déposer un recours devant le tribunal administratif mettant en cause une défaillance de l’Etat dans la continuité qu’il se doit d’assurer du service public de l’enseignement. Qu’en penser ?
Du point de vue juridique, tout d’abord, il appartient à l’Etat de mettre en œuvre cette loi fondamentale du service public qu’est sa continuité. À l’Education nationale, c’est d’ailleurs la contrepartie de l’obligation scolaire. Dans cette optique, un service minimum en cas de grève a été institué qui consiste en l’obligation pour les communes d’accueillir les enfants des écoles maternelles et à l’écoles élémentaires lorsque leurs enseignants cessent de travailler.
Les reproches les plus fréquemment faits aux services de l’Education Nationale concernent l’absence de remplacement des professeurs hors situation de grève. Lorsqu’il est saisi, le juge administratif examine les affaires au cas par cas et avec prudence. Il s’efforce de prendre en considération à la fois la durée des absences non remplacées, les mesures prises par l’administration pour pourvoir aux remplacements nécessaires et, enfin, les conséquences pour les enfants d’absences répétées ou trop nombreuses.
La situation de l’Ecole Joliot-Curie à Pantin semble bien différente. L’un des parents auteurs du recours indique que sa fille s’est trouvée placée en face de «18 maîtres ou maîtresses différentes entre son année de CP et son année de CE1 » et a manqué 13 jours de classe sur les six derniers mois. » Ce même parent assure que, par ailleurs, il demande à la juridiction administrative de réparer le préjudice subi par sa fille du fait des heures qui ne seraient pas rattrapées, au besoin sous la forme d’une somme d’argent correspondant au coût des cours qu’il devait faire assurer à domicile.
La situation de l’Ecole Joliot-Curie est extrême et heureusement peu fréquente. C’est en effet rarement dans le premier degré que les problèmes de remplacement se posent avec le plus d’acuité mais bien plutôt au collège et dans une moindre mesure au lycée.
Que peut-on ou doit-on reprocher au service public dans cette affaire précise ? Pas de n’avoir rien fait et ni d’avoir failli à trouver des remplaçants : sinon, il n’y aurait pas eu une succession de « 18 maîtres ou maîtresses d’Ecole ». Il y a eu au contraire une sorte de « trop-plein » ou plus exactement une vitesse de rotation des enseignants radicalement excessive.
Pourquoi des enseignants qui ont été trouvés et affectés par l’inspection d’académie restent-ils si peu de temps dans un même établissement ?
On pointe là l’un des problèmes qui vaut pour la Seine-Saint-Denis: celle-ci accueille les tout nouveaux et tout jeunes professeurs des Ecoles, en très grande majorité des femmes et le nombre de congés pour maternité est évidemment élevé. Cela s’est vérifié à l’Ecole Joliot-Curie où plusieurs congés de maternité se sont succédés. Ils ont été combinés à un congé maladie et à la situation d’une classe où l’enseignant principal est à temps partiel –un droit statutaire- et où la classe se trouve donc assurée par deux maîtres sur une même semaine.
Pourquoi trouve-t-on essentiellement des professeurs avec peu d’expérience dans un département réputé difficile? Parce que l’affectation des enseignants se fait dans les différents établissements essentiellement à l’ancienneté, ce à quoi les organisations syndicales veillent avec une particulière acuité. Les plus jeunes et les moins expérimentés sont affectés là où des postes sont laissés vacants par des enseignants à peine plus anciens.
Un deuxième point mérite d’être souligné. Un parent en colère, élu FCPE, demande à l’Etat que lui soit directement versé de l’argent pour rémunérer des petits cours à domicile ou des entreprises de soutien scolaire qui développent leur activité parallèlement à l’Education Nationale. L’idée est séduisante. Est-elle le signal d’un mouvement plus large? Si la juridiction administrative suivait la demande du requérant, les parents pourraient faire financer par l’Etat les précepteurs à domicile et ce que certains enseignants nomment pour exprimer leur hostilité, « officines privées » , mais dont l’attractivité auprès des parents s’accroît d’année en année.
Une dernière réflexion: cette affaire est un signe supplémentaire de la « judiciarisation » des rapports sociaux : l’appel au juge devient une tactique, parfois une manie qui enferme les parties dans une procédure contentieuse là où la meilleure justice serait, à mon sens, la justice de paix.












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