Pascal Perrineau: « Il y a la volonté de sortir de la bipolarisation » – Le Monde
Interview publiée dans Le Monde
On vote dimanche pour le premier tour des élections régionales. Et de nouveau le président de la République appelle les Français à se déplacer, « C’est un droit, mais aussi un devoir civique », a-t-il expliqué vendredi sur sa page personnelle Facebook. Neuf mois après le scrutin européen de juin, où plus d’un électeur sur deux ne s’était pas déplacé, les sondeurs redoutent un taux d’abstention record.
Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) explique pourquoi. Il décrypte aussi les enjeux de ce scrutin, qui pourrait contribuer à recomposer le paysage politique.
Pourquoi les électeurs sont-ils tentés de bouder massivement les urnes ? Plusieurs facteurs jouent. Depuis que les régionales ont été créées en 1986, c’est la première fois qu’elles ne sont pas couplées à un autre scrutin, législatif ou cantonal. Les régionales sont renvoyées à elles-mêmes sans que la participation soit entraînée par un enjeu plus mobilisateur. La collectivité régionale n’a pas d’épaisseur historique et manque d’incarnation politique. D’autre part, la défiance politique, perceptible à droite comme à gauche, compromet le lien à une élection qui concerne peu les Français. Face à la crise, le politique peut apparaître comme impuissant. Enfin, un certain nombre d’électeurs de la majorité peuvent être tentés de choisir de ne pas voter pour exprimer non pas un franc rejet mais un malaise à l’égard du pouvoir.
Si l’abstention est très forte, cela ne relativisera-t-il pas tous les résultats ?
Si, bien sûr. Il ne faudra pas surinterpréter le silence des abstentionnistes. Il ne faudra pas non plus projeter le niveau de l’abstention sur d’autres élections à venir. Les votants intermittents sont de plus en plus nombreux.
Les intentions de vote très défavorables à la majorité présidentielle sont-elles le lot habituel d’une élection intermédiaire ?
Deux mouvements semblent jouer. D’abord ces élections intermédiaires interviennent en plein milieu du quinquennat : on sait en général que le vote sanction y est important. De plus, ce scrutin tombe un an et demi après le déclenchement de la crise économique et financière, qui charrie toute une série d’inquiétudes ne pouvant rester sans écho politique. La majorité subit aussi une seconde onde de choc.












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