L’abstention des jeunes mine notre démocratie

Chronique publiée initialement dans le magazine Challenges

Les trois quarts des jeunes de 18 à 25 ans n’ont pas voté aux élections régionales. Ils n’avaient déjà pas voté aux élections européennes. Ils avaient faiblement participé aux élections législatives de 2007. Et le 21 avril 2002 la moitié des jeunes ne s’étaient pas déplacés. Le soir même du premier tour de l’élection présidentielle, ils étaient dans la rue pour manifester leur opposition au Front national… mais un peu tard : Jean-Marie Le Pen était au second tour, pas Lionel Jospin.

La présidentielle de 2007 a pu faire illusion : les jeunes ont voté massivement, presque comme l’ensemble des Français : plus de 80 % de taux de participation. Mais sur la période longue un abstentionnisme puissant et pérenne s’est installé chez les moins de 25 ans, de façon nettement plus marquée que dans l’ensemble de la population électorale abstentionniste.

Dans un livre à la fois limpide et humain, Avoir 20 ans en politique, les enfants du désenchantement (Les Editions du Seuil), Anne Muxel décrypte ce comportement politique qui peut surprendre les générations précédentes qui s’étaient tant battues pour le droit de vote à 18 ans – une conquête obtenue après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. Un comportement abstentionniste que n’a pu endiguer l’inscription sur les listes électorales, désormais automatique à l’âge de 18 ans. « Les enfants du désenchantement » votent de moins en moins parce qu’ils croient de moins en moins que leur vote soit utile et efficace. Quand, dans une démocratie libérale représentative, une partie croissante des citoyens ne voient plus le sens qu’il y a à participer au vote, c’est déjà grave. Lorsque ce sont les plus jeunes qui donnent le moins de force à l’acte démocratique fondateur, c’est mortifère.

Bien sûr, il y a d’autres formes d’expression démocratique que l’élection – et pour les jeunes la principale qui vient à l’esprit est la manifestation protestataire. Celle-ci est sûrement devenue l’un des rites initiatiques du passage à l’âge adulte : le conflit collectif avec le pouvoir est une forme de passage obligé, après celle du conflit individuel avec l’autorité parentale. Tant que la manifestation, la grève ou toute autre forme d’expression démocratique viennent compléter ou amplifier la participation électorale, les mouvements protestataires sont des signes de vitalité qu’il faut peut-être canaliser, mais qu’il faut d’abord saluer.

En revanche, si parallèlement à ces formes protestataires jusqu’à 80 % des jeunes ne croient plus à l’utilité politique et sociale des urnes, l’organisation et le fonctionnement de la démocratie républicaine sont en danger. « Les jeunes qui sont engagés dénoncent les contradictions et les impasses d’une société menacée d’implosion si elle n’arrive pas à mieux réguler les conditions de l ‘intégration sociale des individus, note justement Anne Muxel à propos des mouvements d’étudiants et de lycéens. Ils revendiquent un droit élémentaire et commun à tous : le droit d’exister socialement… » Comment répondre à cet appel venant d’une jeunesse qui nous dit sa défiance, parfois son hostilité ?

D’abord, rendons à la jeunesse sa diversité. Il y a ceux dont la situation n’est jamais évoquée : ceux qui, dès 18 ans, travaillent – ou plus souvent cherchent à travailler -, et ne poursuivent pas d’études après le bac, représentant 60 % des 18-25 ans. Parlons aussi des jeunes qui ont quitté le lycée, parfois le collège, sans diplôme : ils sont les laissés-pour-compte d’une société qui glorifie les parchemins. Est-ce vraiment un hasard si les 18-30 ans non diplômés qui sont allés aux urnes ont voté à 22 % pour Jean-Marie Le Pen en 2007 ? Les lycéens et les étudiants qui ne cachent pas leurs idéaux, souvent de gauche, sont entendus. Mais qui autorise à s’exprimer les non-diplômés, plongés dans les soucis d’un monde du travail plus précaire ? C’est cette jeunesse-là qui s’abstient. Les forces politiques de notre pays ont deux années pour la reconquérir. En commençant par parler des jeunes comme d’une promesse d’avenir, et non d’un problème. En comprenant que la participation électorale ne peut résulter d’un sursaut de civisme paresseusement attendu, mais d’un défi que notre société doit relever. En regardant lucidement le risque de cassure entre les plus diplômés et les laissés-pour-compte du système scolaire.

La jeunesse est notre seul espoir de solidarité entre les générations : ne comptons-nous pas sur elle pour financer nos retraites, payer notre assurance-maladie, prendre soin de la grande dépendance ? Alors, évitons que ne deviennent étrangers et hostiles les uns aux autres ceux qui sont confrontés à des conditions d’insertion de plus en plus inégalitaires et ceux qui sont les mieux dotés par les diplômes.

8 commentaires

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Quand on contemple le spectacle si pitoyable de la politique qui se pratique au quotidien (dernier exemple en date : les députés qui se cachent derrière un rideau de l’assemblée nationale pour mieux surgir au moment du vote, cf. HADOPI, cf. Jeu en ligne), comment s’en étonner ?

Au contraire, n’est-il pas sain que la jeunesse ne vote plus et cesse ainsi de cautionner un système clientéliste totalement grippé et incapable de se renouveler ? L’abstention n’est-elle pas finalement le seul fait démocratique capable de remettre profondément en cause la pratique politique ?

Parallèlement à la désaffection des bureaux de vote, combien d’associations solidaires créées par la jeunesse ?

L’abstention politique des jeunes n’est pas le fait de la jeunesse, c’est la fait de la classe politique.

Peut-être les jeunes se réveilleront-ils quand ils comprendront comment Richard Descoing, Blanquer ou Jacques Grosperrin veulent les formater, rendre leurs études payantes à l’américaine tout en leur donnant de grandiloquentes leçons de morale et de civisme.

On a le droit de ne pas apprécier Richard DESCOINGS! Mais admettez quand meme que c’est grace à lui que Sciences po a une telle renommée. Dans tous les médias on parle de Sciences po,chaque année le nombre de candidats augmentent. Les hommes politiques se bousculent au portillon pour venir à Sciences PO. Que ceux qui critiquent se rendent compte de la chance d’être dans une grande école, ils sont tellement nombreux à vouloir y rentrer!!!!

Oui je crois que tu as bien résumé la situation. On est dans une école/université/on-ne-sait-pas-quoi-exactement qui excelle dans son personal branding (on entend SciencesPo partout dans les media français) plutôt que se préoccuper de l’excellence de sa formation (on ne voit jamais SciencsPo. dans les classements académiques, ni en France ni à l’étranger).
Bref, si SciencesPo. pouvait clarifier sa ligne directrice et essayer de concurrencer les meilleurs universités, à commencer par les grandes écoles françaises ce serait génial.
Je me plaît beaucoup à SciencesPo. mais force est de constater (vu ses classements) que notre institution est médiocre vu les moyens dont elle dispose. Donc arrêtons de se caresser dans le sens du poil, et au boulot !

Bravo « Fr. » de rappeler l’essentiel. Les propos de Vanille expriment très clairement l’illusion dans laquelle Richard Descoings entretient les naïfs sur la prétendue « réussite » de ScPo. Ainsi, la valeur internationale d’une institution d’enseignement supérieur se mesurerait au nombre de fois que son directeur passe dans les médias français, au nombre d’hommes politiques français qui viennent y parler d’eux, au nombre de candidats mystifiés qui croient que ce sont là les signes de l’excellence scientifique.
Que ScPo soit irrémédiablement distancé dans les classements de Shanghaï ou du Times Higher Education, qu’il ne soit même pas classé parmi les meilleures institutions européennes en Science Politique, que les enquêtes de salaires des diplômés soient si calamiteuses que le directeur les tient cachées, tout cela n’a évidemment aucune importance. Ce ne sont pas les étudiants, les professeurs, l’institution qui comptent pour Richard Descoings, c’est sa propre « peoplelisation ». Et ce monsieur prétend donner des leçons de morale politique !

« personal branding » ? C’est quoi d’ça ?

Vanille, l’idiote utile du système Descoings…

idiote, naive bravo ce sont des insultes. Effectivement je ne suis pas du sérail je ne suis pas étudiante à sciences po, n’oubliez pas que quelles que soient les situations professionnelles qui seront les votres dans l’avenir il faudra aussi composer et travailler avec des idiots et des naifs!!!et je ne pense vraiment pas être une idiote du système Descoings en tout cas il y a beaucoup de dédain dans vos reponses et c’est bien dommage….et surtout tres decevant de la part de personnes qui sont théoriquement censés et ouvertes à la discussion

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