La gestion de la crise souligne les faiblesses du leadership européen – Le Monde
Article de Philippe Ricard, publié dans Le Monde du 9 mai.
Angela Merkel les aura tous ébranlés, avant de donner son feu vert au plan d’aide à la Grèce. Face à la chancelière allemande, les dirigeants des institutions européennes ont eu le plus grand mal à jouer leur carte. Un jour, Mme Merkel refuse d’associer Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, à ses entretiens avec Nicolas Sarkozy. Motif : elle préfère négocier en tête à tête, sans risquer d’être isolée. Elle rabroue ensuite José Manuel Barroso, le président de la Commission, qui a tenté, dans les journaux, de la convaincre d’agir au plus vite.
Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, n’est pas plus à son avantage. Alors que les ministres des finances viennent d’activer le plan de sauvetage de la Grèce, dimanche 2 mai, le Luxembourgeois dira même » avoir failli perdre patience « face au comportement de certains gouvernements. Tout le monde comprend qu’il vise Angela Merkel, sans la nommer.
Quant à Jean-Claude Trichet, il s’est lui-même placé en porte à faux : en janvier, le président de la Banque centrale européenne (BCE) explique au Forum de Davos que l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) serait « une humiliation » pour la zone euro. Il ne peut ensuite s’opposer à l’opération, lorsque la chancelière allemande exige de recourir au FMI.
Les atermoiements d’Angela Merkel soulignent les faiblesses du leadership européen, à l’heure où l’union monétaire vacille. « Où est le président du Conseil européen ? Que fait le président de la Commission ? Y a-t-il un pilote européen dans la crise grecque ? Ou attendent-ils l’effondrement de l’euro ? », s’interroge le député européen Philippe Juvin (UMP).
Le Quatuor et ses institutions ne sont pourtant pas restés inactifs. La Commission et la BCE ont été associées, dès le début, à la conception du mécanisme de soutien déployé pour sauver la Grèce. Ce sont elles qui ont négocié aux côtés du FMI à Athènes en vue de sceller le programme d’ajustement grec. Elles joueront un rôle crucial pour surveiller l’application des réformes annoncées par le socialiste Georges Papandréou.
Mais aucun des dirigeants de l’UE, sauf peut-être Jean-Claude Trichet, n’est en mesure de s’imposer face à Mme Merkel, surtout quand celle-ci peut s’appuyer sur le soutien de Nicolas Sarkozy. Mi-mars, l’Allemagne a refusé, quasiment seule contre tous, l’option privilégiée par la Commission européenne : celle d’un emprunt communautaire, garanti par les Etats, pour financer un prêt européen à Athènes. D’où le choix des prêts bilatéraux.
Difficile cohésion
Pour son baptême du feu, Herman Van Rompuy s’est efforcé de maintenir un minimum de cohésion en multipliant les sommets, mais les vraies tractations ont échappé à son autorité. En froid avec la chancelière allemande, José Manuel Barroso s’est tu dans la dernière ligne droite, quand les risques de contagion à l’Espagne et au Portugal ont fini par convaincre Angela Merkel d’accélérer le mouvement.
La mainmise des grands Etats et leurs querelles sont mal vécues à Bruxelles. » Un accord franco-allemand est nécessaire, mais il n’est pas suffisant « , répète Herman Van Rompuy. Le 25 mars, il a fallu près de deux heures de tractations pour convaincre l’ensemble des dirigeants de la zone euro des vertus du compromis négocié par la chancelière allemande et le président français.
» Cette méthode a créé de l’incertitude « , déplore Guy Verhofstadt, le chef de file des libéraux-démocrates au Parlement européen : » Les chefs d’Etat veulent démontrer que la méthode intergouvernementale est la bonne, or ils ont prouvé l’inverse. «
Philippe Ricard. Le Monde.












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