Polémique autour de l’entrée des boursiers dans les lycées d’élite à Paris

Article du Figaro, de la journaliste Marie-Estelle Pech.

La croissance du nombre de boursiers dans les établissements prisés fait grincer des dents.

L’assouplissement de la carte scolaire est loin de satisfaire toutes les attentes, surtout à Paris, où la chasse au «bon lycée» devient plus complexe, même pour les initiés. Après les errements d’Affelnet, l’an dernier, le nouveau système informatique qui avait affecté certains élèves de seconde loin de leur domicile, ce dernier a été modifié. Aujourd’hui, c’est la «mixité sociale» qui fait débat dans les lycées prestigieux de la capitale. Car de jeunes boursiers accèdent plus facilement à ces établissements au détriment de collégiens d’origine sociale plus aisée qui croyaient leur place réservée d’office. Pleurs et grincements de dents sont devenus monnaie courante aux portes des lycées les plus fameux…

Depuis trois ans, les boursiers bénéficient en effet d’un coup de pouce lors de leur affectation, puisqu’ils ont automatiquement droit à 300 points de bonus. Ce critère «mis en place pour garantir une meilleure mixité sociale», explique le rectorat, leur permet d’accéder à des lycées dont ils pensaient ne jamais franchir la porte, à condition qu’ils fassent leur demande dans leur district de domiciliation (11e, 12e, 19e, 20e arrondissements pour le district nord-est, par exemple).

Proviseur du lycée Charlemagne dans le Marais, Albert Munoz subit les conséquences de ce bouleversement. Ses 99% de réussite au bac attirent. Impossible d’écarter les murs, idem pour cinq autres établissements sur les vingt-quatre du nord-est, demandés par 80% des parents. À notes égales, les boursiers devancent donc les autres. Charlemagne est passé de 15% de boursiers, il y a trois ans, à 25%. Et le bonus «boursier» est suffisamment important pour que des élèves moyens passent devant d’excellents collégiens : «Des boursiers avec 9-10 de moyenne prennent la place d’élèves qui tournent autour de 16-17 », affirme le proviseur. Autre lycée réputé, Sophie-Germain compte désormais 40% de boursiers. Le rapport de forces des établissements évolue. Car des lycées peu prisés, comme Paul-Valéry, dans le 12e avec ses 61% de réussite au bac accueille, du coup, davantage d’élèves issus de milieux favorisés «qui viennent, certes, à reculons », raconte Claudine Vuong, la proviseure. «On assiste à un petit rééquilibrage entre établissements », poursuit-elle. Quelque 100 de ses 250 élèves affectés en seconde ont plus de 12 de moyenne, se réjouit-elle.

Des effets pervers

Ce système génère cependant des effets pervers : des collégiens moyens ou très bons issus de milieux modestes ont «coulé» cette année dans ces lycées d’élite qui n’ont pas l’habitude «d’accompagner» leurs élèves et fonctionnent comme des «TGV», affirme Claudine Vuong. Quant aux établissements d’élite, leur niveau est désormais «plus hétérogène, c’est plus difficile pour les enseignants», reconnaît Albert Munoz, même si, pour certains élèves boursiers «motivés», l’accès à un établissement de prestige peut être une «vraie» chance, dit-il. Les familles dont «le grand-père et le père étaient à Charlemagne» ou qui avaient acheté 30% plus cher leur appartement pour s’assurer une place se sentent quant à elles flouées. Une poignée affirme qu’ils partiront dans le privé. Les autres usent des moyens de pression habituels, courriers et coups de fils menaçants : «Je connais tel ministre ou député, attention à vous, j’ai des relations, je suis haut placé.»

Au rectorat, on dit qu’il ne «faut pas exagérer». Selon Claude Michellet, directeur de l’académie de Paris, 92% des élèves de seconde ont été affectés fin juin, dont 91% sur l’un de leurs trois premiers vœux. La totalité le sera jeudi. «Le critère boursier assure une plus grande mixité dans les établissements mais les mauvais élèves n’accèdent pas aux établissements les plus demandés», affirme-t-on. Au reste, la mixité sociale reste toute relative à Paris. Dans cette académie à la population plutôt favorisée, 15% des élèves sont boursiers.

Marie-Estelle Pech, Le Figaro

2 commentaires

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Monsieur Descoings,
(je me permets de vous écrire dans un commentaire à cet article car votre rubrique ‘contact’ ne semble pas fonctionner).

Curieux de nature, passionné par les connaissances et leur transmission, je vous ai écouté attentivement un dimanche d’avril 2010. Pour information, j’ai 25 ans et travaille dans l’ingénierie pédagogique dans le domaine de la cuisine.

Mon lycée était un des premiers lycées en ZEP en partenariat avec Sciences-Po. J’applaudis cette démarche des deux mains ; ma cousine et de nombreux amis sont aujourd’hui dans votre établissement, avec la plupart du temps, beaucoup de réussites à la clé. Je salue également la plupart de vos propositions pour le lycée.

J’ai suivi de près les tentatives de nombreuses connaissances du Lycée pour entrer à Sciences-Po par la voie, disons, prioritaire. Cela m’inspire deux questions:
- le première, au sujet des élèves de ZEP grandissant dans un environnement familiale plutôt aisé (ce fut mon cas), doivent-ils emprunter les filières classiques d’entrée à Sciences-Po, quand leurs camarades issus de familles « à problèmes » empruntent la voie prioritaire ? Cela me parait difficilement explicable par le professeur de lycée en charge de la voie prioritaire. (Pour l’anecdote, j’ai connu de tels élèves ayant le sentiment de s’être fait refusé l’entrée à Sciences-Po, car ne représentant pas assez la « diversité recherchée »)
- la seconde, au sujet des élèves « moyens plus » qui décident d’entrer à Sciences-Po uniquement car c’est une « belle opportunité » dans notre lycée – alors que leur vocation semblait ailleurs, par exemple dans les sciences. Je suis certain qu’ils recevront une éducation de grande qualité, une ouverture sur le monde extraordinaire, mais peut-être passeront-ils à côté de leur vocation.

Vous pourrez sans doute arguer que si l’on suivait vos préconisations sur la réforme du lycée, à savoir l’accompagnement à l’orientation des lycéens, cela apporterait une solution à ces deux interrogations. Je suis d’accord, et vous propose donc de commencer cet accompagnement précisément dans les lycées où Sciences-Po a révolutionné l’orientation post-bac, pour le meilleur dans la très très grande majorité des cas.

Merci beaucoup. Continuez !

Pour réduire les écarts de niveau entre lycées (de Paris intra-muros, en tout cas), je trouve que l’idée est bonne ! Dommage que Le Figaro donne plutôt la parole à ceux qui la critique. Je n’y trouve pas grand-chose à y redire, mis à part le fait que certains élèves boursiers ne peuvent pas suivre la cadence. Mais pourquoi trouverait-on plus légitime que les autres lycées accueillent ces élèves très moyens ?

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