Remise du Prix Daniel Pearl
Le 6e Prix Daniel Pearl organisé conjointement par le Wall Street Journal et l’Ecole de journalisme de Sciences Po a été remis le 20 mai 2010 à Agnès BUN pour son article sur la communauté coréen en Ile de France.
Le Prix Daniel Pearl a été créé il y a cinq ans en mémoire du journaliste américain, assassiné par des extrémistes au cours d’un reportage au Pakistan en 2002.
Le deuxième et troisième prix ont été remis à Ozal EMIER pour son reportage sur un foyer de travailleur migrant et à Yemeli ORTEGA pour son enquête sur le mouvement Falun Gong en France.
Les travaux des trois élèves lauréates du prix :
Pour en savoir plus :
Le début de l’article d’Agnès Bun, « Identités en exil ».
Ils sont 13 000 à avoir quitté leur pays pour s’établir en France. A l’avoir fui plutôt. La guerre n’y est pour rien. L’histoire non plus. La pression sociale a suffi. S’exiler pour être soi : c’est le difficile combat des Coréens aujourd’hui.
Un restaurant dans le 13e arrondissement de Paris. En cuisine, les casseroles s’entrechoquent. Le tablier coloré de Lee Young‐kyung, 35 ans, virevolte du comptoir à la cuisine. En coréen, « Young‐kyung » signifie « capitale du visage ». Un visage qu’elle a rond et souriant, recouvert d’une fine couche de sueur. Dans son pays, Young‐kyung est
sculptrice. Céramique, métal, verre soufflé, elle a tout essayé. En France, c’est le radis râpé et le concombre vinaigré qu’elle manie plus volontiers.Ces filles au visage dépourvu de maquillage et aux bijoux rares représentent la majorité des 13 000 sud‐coréens établis en France. Ce pays, elles l’ont choisi. Alors elles en auraient des choses à dire sur l’identité nationale. Pourtant cette communauté‐là préfère rester discrète. Immigration choisie, certes. Mais surtout immigration‐survie : quitter sa
patrie pour exister, tel est leur credo.Depuis l’ouverture du pays dans les années 1990, la Corée du Sud est devenu le troisième exportateur mondial d’étudiants à l’étranger, après la Chine et l’Inde. Ils sont environ 8000 à vivre à Paris, pour la plupart des filles. Les familles, souvent aisées, paient leurs études. Sinon, comme Young‐kyung, on se débrouille, on ouvre son commerce. Au risque de sacrifier ses ambitions artistiques sur l’autel de la survie financière.












