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	<title>Richard Descoings &#187; aventure</title>
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	<description>Le blog de Richard Descoings</description>
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		<title>La Boudeuse, quatrième et dernier épisode</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Mar 2010 16:46:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Richard Descoings</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sciences Po]]></category>
		<category><![CDATA[aventure]]></category>
		<category><![CDATA[la boudeuse]]></category>

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		<description><![CDATA[Dernier épisode du journal de bord d’Anatole Douaud, un étudiant de Sciences Po embarqué sur La Boudeuse (retrouvez les épisodes 1, 2 et 3)
Vendredi 26:


Dernière journée  de mouillage à Saint-George de l’Oyapock, la mission mangrove  d’Ariadna se poursuit, mais pour la plupart, y compris pour moi, c’est  repos sous l’écrasante température guyanaise. Des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dernier épisode du journal de bord d’Anatole Douaud, un étudiant de Sciences Po embarqué sur <a href="../2010/02/28/2010/02/22/des-nouvelles-de-la-boudeuse/">La Boudeuse</a> (retrouvez les épisodes <a href="http://www.richard-descoings.net/2010/02/28/2010/02/22/des-nouvelles-de-la-boudeuse/" target="_blank">1</a>, <a href="http://www.richard-descoings.net/2010/02/24/la-boudeuse-episode-2/">2</a> et <a href="http://www.richard-descoings.net/2010/02/28/le-retour-de-la-boudeuse-episode-3/">3</a>)</p>
<h3><strong>Vendredi 26:</strong></h3>
<p><strong><a rel="attachment wp-att-2203" href="http://www.richard-descoings.net/2010/03/04/la-boudeuse-quatrieme-et-dernier-episode/guy10_1382-copie/"><img class="aligncenter size-full wp-image-2203" title="Guy10_1382 - copie" src="http://www.richard-descoings.net/wp-content/uploads/2010/03/Guy10_1382-copie.jpg" alt="" width="500" height="332" /></a><br />
</strong></p>
<p>Dernière journée  de mouillage à Saint-George de l’Oyapock, la mission mangrove  d’Ariadna se poursuit, mais pour la plupart, y compris pour moi, c’est  repos sous l’écrasante température guyanaise. Des missions se préparent  sur la Boudeuse pour le mois à venir, plus particulièrement, la mission  «inselberg». Ces grands blocs rocheux qui s’élèvent jusqu’à  800 mètres, pour certains, au dessus de la jungle et qui abritent une  biodiversité propre. Ce sont toujours des missions spectaculaires car  ces formations géologiques se trouvent au sud de la Guyane, éloignées  de tout, nécéssitant un accès par hélicoptère, et un séjour prolongé  pour les scientifiques désignés.</p>
<p>Il est assez  excitant de voir se préparer sous ses yeux de telles missions, entre  une organisation rigoureuse, qui doit accepter les aléas du temps mais  aussi les besoins scientifiques, introduisant une dose certaine d’improvisation.</p>
<p>Les contraintes  sont telles que parfois la science ne parvient pas aux conditions idéales  de la production du savoir. Le travail «de terrain» des scientifiques  que j’observe depuis maintenant près de deux semaines à leur côté,  est bien souvent limité par des facteurs extérieurs de diverses natures.  Le travail de prélèvement effectué par les scientifiques, qu’ils  soient entomologistes, biologistes ou géologues, reste parcélaire  pour la simple raison qu’il est impossible d’observer et de relever  tout les individus ou spécimens d’une même espèce, les conclusions  sont alors basées sur des hypothèses concernant le milieu de prélèvement,  permettant la généralisation et ainsi la Science. Pourtant des moyens  de limiter ces aléas existent, ils consistent en une observation sur  le long terme et dans des milieux divers; l’obstacle rencontré est  ici évident: c’est celui du financement des études scientifiques.  Le système universitaire mondial reconnait le seul critère des publications  afin de déterminer la qualité d’un travail scientifique (et donc  le montant des financements aloués), ce, selon la revue qui publie  l’article; ce critère oblige les scientifiques à multiplier les  publications, cependant le travail de relevés de la biodiversité dans  tous les domaines est un travail de longue haleine, qui nécessite temps,  patience et un moral d’acier. Ce travail là est pourtant le plus  grand «chantier» de la Science moderne, celui de la constitution du  fameux arbre de vie, retraçant l’évolution des éspèces sur notre  planète, et il n’est aucunement reconnu par le système universitaire,  ni même par la société, à cause de ce caractère peu spectaculaire  qui le rend difficilement exploitable par les médias modernes.</p>
<p>A travers les  discussions avec les scientifiques du bord, on s’aperçoit vite qu’ils  sont passionnés, tant ils parlent avec bonheur de leur travail, mais  également, tant la multitude d’obstacles qu’ils rencontrent pour  mener leur recherche et qu’ils franchisent, bon gré malgré, est  impressionante.</p>
<p>Le soir se  couche sur Saint-George et la Boudeuse, rythmée par les allés et venus  des membres d’équipages entre la ville et le navire, les tâches  journalières et les tours de garde. Demain réveil à 5h45 pour un  briefing à 6h et un départ au plus tard une demi-heure après.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-2204" href="http://www.richard-descoings.net/2010/03/04/la-boudeuse-quatrieme-et-dernier-episode/guy10_1609-copie/"><img class="aligncenter size-full wp-image-2204" title="Guy10_1609 - copie" src="http://www.richard-descoings.net/wp-content/uploads/2010/03/Guy10_1609-copie.jpg" alt="" width="500" height="332" /></a></p>
<h3>Samedi 27:</h3>
<p>Après deux  petites heures de navigation sur l’Oyapock en direction de l’océan,  nous mouillons sur un site dénommé «kouman-kouman» où se trouvait  au XVIIIème siècle un fortin en bois, le fort Saint-Louis. L’Oyapock  est toujours aussi majestueux sous la lumière du soleil levant, les  brumes se dissipent et les nuages se déchirent pour laisser place à  un ciel bleu azur, le fleuve est calme, comme un plateau d’argent,  on y voit se dessiner les reflets de la forêt et du ciel qui finissent  par se confondrent à l’horizon, la Boudeuse brise ce tableau en fendant  ce miroir aquatique de sa silhouette élancée et de ses trois mâts,  provoquant toujours la surprise, l’étonnement et l’admiration sur  son passage, tout en avançant prudemment au dessus des roches et des  bancs de sables, qui menacent à tout instant l’apparente tranquilité  de son périple.</p>
<p>J’accompagne  tout au long de la journée Romain Garrouste, entomologiste spécialiste  de punaises aquatiques, spécialisation qui garde toujours une part  d’étonnement de prime abord, mais cette catégorie contenant diverses  éspèces, a conquis la plupart des milieux aquatiques, de la mer en  passant par les fleuves et les lacs jusqu’aux seuls espaces de suintement  des roches! Son travail consiste à prélever des punaises aquatiques,  à observer leurs comportements si possible, et à caractériser leur  milieu par des relevés de PH, de température et de salinité. Les  endroits où l’on trouve ces inscetes sont les berges, il s’agit  donc d’approcher au plus près des plantes marines peuplant les bords  du fleuves et de s’y frayer un chemin afin d’observer et de prélever  des punaises! Nous partons ainsi en kayak, à la chasse aux punaises  afin de pouvoir être au plus près de celle-ci sans les effrayer avec  les moteurs du zodiac; je suis à la navigation et à la propulsion,  Romain est à l’affut, prêt à bondir couché sur le ventre à l’avant  du kayak muni d’un petit filet pour récolter et de sa sonde pour  relever. Travail physique tant le courant est fort sur l’Oyapock,  mais très intéressant: saviez-vous que ces petites bêtes qui vivent  sur l’eau utilisent une propulsion chimique composée d’une molécule  aquaphobe qui leur permêt de se mouvoir à plus d’un mètre-seconde,  et ainsi d’échapper à leurs prédateurs en effectuant des mouvements  ultra-rapides et complètement désordonnés qui les rendent totalement  imprévisibles. Je me prends au jeu, en parcourant les berges nous faisons  une bonne équipe et repérons un nuage compact de punaises non loin  d’une petite plage rocailleuse, ce qui permet à Romain d’effectuer  toutes les mesures et les prélevements nécessaires. Excellente journée  pour l’entomologie, si je n’avais fait couler le filet attrapeur  de punaise de Romain en remontant dans le zodiac vers la fin de journée&#8230;  Je remonte à bord et me prépare à assurer la garde de minuit à 2h  sur un fleuve éclairé par la lumière blafarde de la pleine lune et  ponctué par les petits cris aigüs des chauve-souris qui grouillent  tout autour du bateau pour chasser les insectes nocturnes.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-2205" href="http://www.richard-descoings.net/2010/03/04/la-boudeuse-quatrieme-et-dernier-episode/guy10_1679-copie/"><img class="aligncenter size-full wp-image-2205" title="Guy10_1679 - copie" src="http://www.richard-descoings.net/wp-content/uploads/2010/03/Guy10_1679-copie.jpg" alt="" width="500" height="332" /></a></p>
<h3>Dimanche 28:</h3>
<p>Dernière journée  complète à bord, le départ se rapproche de plus en plus, pourtant  je n’ai pas envie d’y penser. Nous «dérapons» à 6h du matin,  pour la quatrième et dernière fois je vais dans le puits à chaînes  afin de «lover» la chaîne qui retient l’ancre de la Boudeuse, poste  extrêment physique. le puits à chaîne se trouve à l’avant du bateau  au niveau de la proue, on y descend pour s’y placer sur la chaîne  qui n’est pas utilisée (oui, il y a toujours deux chaînes sur un  bateau, une tribord, une babord), dans un espace triangulaire d’environ  deux mêtres carrés, puis lorsque l’ordre est donné de relever l’ancre,  le «gain d’eau» (la machine qui remonte l’ancre) émet ce bourdonnement  affreux, rythmé par les claquement de la chaîne qui saute régulièrement  sur la poulie d’acier, en dessous, dans le puits. Le principe est  d’éviter que la chaîne ne fasse des noeuds quand on mouillera la  prochaine fois et donc de l’enrouler, ou de la «lover», dans un  espace triangulaire, cela sur une centaine de mètres de chaîne pleine  de vase, de glaise, et de boue visqueuse. La chaîne y semble sans fin,  les minutes d’effort intense passent comme des heures, il y fait une  chaleur innommable doublée de cette odeur repoussante de la rouille  mêlée à cette mixture de fond de fleuve; les muscles se tendent rapidement  sous le poids de la chaîne et des mouvements inhabituels, plié en  deux, glissant sur la chaîne, poussant, tirant, levant; on en ressort  peint de la tête au pieds couleur boue, la sueur aidant, les muscles  endoloris, la tête vidée&#8230;</p>
<p>La matinée  se passe, pour moi qui suis de propreté-linge, avec l’aspirateur,  la serpillère et le lave-linge (je vous laisse imaginer le linge d’une  vingtaine de personnes partant régulièrement en expédition dans la  jungle&#8230;); le repas puis mon tour de garde jusqu’à 14h, ensuite  je pars avec nos deux entomologistes du bord pour explorer et prélever  sur la montagne Bruyère à coté de laquelle nous mouillons, sur la  rive française de la baie de l’Oyapock et qui est entourée de marais,  d’où sa potentiel richesse pour nos chasseurs d’insectes.</p>
<p>On enfile nos  habits d’expédition, pantalons longs, ceinture munie d’une gourde  et d’un «sabre d’abati» (machette) pour pouvoir avancer vers le  sommet de la montagne dans une végétation qui semble épaisse selon  les premiers repérages du matin.</p>
<p>Nous accostons  les pieds dans l’eau et la vase, puis nous nous ouvrons un layon à  travers une forêt dense où chacun de nos pas doit être pensé et  repensé, de même que nos coups de machette qui risquent de nous faire  dégringoler dessus. Une masse impressionnante de lianes qui se sont  développées en formant des noeuds autour des arbres, construisant  une voute épaisse constituée de branches mortes, de lianes déssechées,  et parfois même d’arbres morts, sont autant de menaces à chacun  de nos mouvements. Nous pénétrons dans la montagne, où nous découvrons  d’immenses blocs de roches érodés par la pluie, le vent et la jungle;  formant d’étranges chemins que nous empruntons. Entre deux rochers,  dans une faille, sous une épaisse canopée, nous avançons sans trop  pouvoir nous diriger dans ces défilés rocailleux qui nous guident  en aveugles. Pour ne pas nous y perdrent nous déroulons un «topofil»  derrière notre passage afin que le retour se fasse sans encombres.  J’ouvre le layon et dans une des ces failles rocheuse où je m’apprête  à grimper, je distingue une liane enroulée de manière bizarre&#8230;  Une grosse vipère sommeillant! Il était moins une! Nous nous écartons  promptement et prenons une direction différente. Ponctués par les  coups de filets et les observations des entomologistes, nous atteignons  une arrête de la montagne Bruyère, il est presque 6h du soir et nous  devons faire demi-tour pour ne pas être surpris par la nuit qui tombe  ici comme un épaix rideau, sans prévenir. Nous redescendons aidé  du topofil, et sur le layon que nous avons tracé, nous découvrons  avec joie une multitude d’androbates, petites grenouilles noires,  couvertes d’un bleu ciel profond, et de petites rainures entre le  gris et le noir. Retour magique sur le navire entre le coucher de soleil  virant du rose au orange pour atteindre des pointes rouges, et le lever  d’un disque lunaire ocre, si gros que l’on voit en détail les cratères,  les montagnes et les plaines de notre satellite. Arrivés sur la Boudeuse,  nous préparons un pot de départ car nous serons huit à quitter le  navire demain, la nuit s’en suit, éteignant doucement, la fatigue  aidant, de longues discussions avec des personnes et des personnages  que je garderai en mémoire.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-2206" href="http://www.richard-descoings.net/2010/03/04/la-boudeuse-quatrieme-et-dernier-episode/img_5181/"><img class="aligncenter size-full wp-image-2206" title="IMG_5181" src="http://www.richard-descoings.net/wp-content/uploads/2010/03/IMG_5181.jpg" alt="" width="500" height="667" /></a></p>
<h3>Lundi 1er Mars:</h3>
<p>Ce soir nous  serons dans l’avion pour Paris&#8230; Quitter définitivement quoique  ce soit laisse toujours un gôut amer, une tristesse, un vague à  l’âme; mais là, c’est différent, notre rétine a imprimé dans  le fond de notre cerveau non seulement des images d’une beauté forte,  puissante et parfois même féroce, mais aussi des hommes et des femmes,  qui sont eux d’une couleur inexprimable, d’une beauté jaillisant  de la profondeur, de la nuance et de la diversité de leurs caractères.  Au bout de ces deux semaines, j’ai appris, échangé, et partagé  avec des personnes venues d’horizons si divers, entre scientifiques,  marins, photographes et réalisateurs; au coeur de la jungle, autour  d’un verre, ou sur le pont de la Boudeuse; que ce soit pour leur savoir  pratique, technique ou scientifique; leurs qualités humaines, ou leurs  approches différentes et bien souvent divergentes de notre monde et  des grands problèmes écologiques.</p>
<p>La journée  commence tôt, nous dérapons à 5h ce matin, je suis de quart  jusqu’à huit heures, j’alterne entre le poste de timonier (tenir  la barre et le cap), et celui de vigie sur la proue; j’ai le plaisir  renouvelé de me délecter du lever de soleil ainsi que du coucher  de lune sur la baie de l’Oyapock. Une baie aux dimensions particulièrement  vastes, entourée par quelques monts, des marais et de la forêt, surplombée  par des nuages bourgeonnants de chaque coté de l’embouchure, laissant  une belle ouverture vers l’océan. L’atmosphère douce s’éclairci  lentement, puis à l’Est, derrière quelques nuages que l’on dirait  figés dans un tableau tant la composition est parfaite, transparait  une lueur rose qui bientôt colore la totalité de la cime des nuages  de ce cirque naturel qu’ils forment, puis les rayons du soleil les  percent pour atteindre la peau de mon visage rafraichit par la brise  saline venue de la mer, puis l’eau ocre du fleuve s’irise de ce  bleu concentré, profond et majestueux reflètant un ciel azur qu’illumine  ce soleil matinal. A l’ouest, la lune se couche, plate, blanche, et  pâle comme fatiguée d’une longue nuit, juste à coté, au dessus  des marais qui entourent la montagne d’argent, un gros nuage gris  est en train de fondre sur la terre, et au fur et à mesure que le soleil  s’élève, un arc-en-ciel se dresse, paré de toute les couleurs,  il irradie la baie de cette lumière si particulière, nuancée, contrastée  et chatoyante. Un dernier gôut de la magie, de la beauté et de la  force qui émane de cette terre, et qui restera associé à ces hommes,  à ces femmes et à La Boudeuse.</p>
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